2030 : l’ordre règne en Europe

par Bernard Attali |  publié le 29/10/2025

Après des décennies d’égarement, de laxisme, de dictature « woke », d’islamo-gauchisme et d’avachissement démocratique, le Vieux Continent s’est enfin mis d’accord sur l’essentiel : l’ordre, la foi, la patrie.

Geert Wilders, néerlandais chef du Parti de la liberté, Marine Le Pen, Santiago Abascal, chef du parti espagnol VOX et président de Patriotes pour l'Europe, Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, et Matteo Salvini, vice-Premier ministre ialien, à la fin d'un rassemblement « Make Europe Great Again » de Patriotes pour l'Europe qui est le 3ème groupe parlementaire européen, le 8 février 2025 à Madrid. (Photo de Pablo Blazquez Dominguez / Getty Images via AFP)

À Paris, Londres, Rome, Berlin, Madrid, les électeurs ont fait appel à de nouveaux leaders, des femmes et des hommes d’autorité. Cinq dirigeants, cinq certitudes, une seule volonté : remettre de l’ordre.

Finie l’Europe des traités, des bureaucrates et des compromis. Place à l’Europe de la volonté et de la morale. Les effets se font déjà sentir. Les frontières sont redevenues hermétiques, réconfortantes. Les immigrés, quant à eux, apprennent la gratitude, quand on les accepte après une sévère sélection.

Les drapeaux flottent, rassurants, comme un antidote à une malsaine diversité.
Dans les écoles, les élèves sont en uniforme et la messe dominicale est redevenue la règle un peu partout : moment civique et spirituel à la fois. On y apprend à aimer sa patrie en priant pour elle. Les prêtres sont de retour dans les cérémonies publiques, les croix dans les mairies, et les doutes dans les tiroirs. Le Vatican a repris le dessus : la Curie, enfin, s’est réveillé et a réinstallé les rites anciens.

A Madrid la figure de Franco a été, enfin, réhabilitée. Les femmes, renvoyées à leur “vocation naturelle”, ont quitté les bureaux pour revenir au foyer. La société y gagne en harmonie, et la natalité remonte. L’avortement, il est de nouveau traité en crime durement puni, comme l’homosexualité. On parle d’ailleurs de rétablir la peine de mort

Quelques très grandes fortunes — industrielles, financières, technologiques — ont contribué à cette restauration morale. Elles ont financé les partis nationaux, inspiré leurs programmes. En échange, elles ont obtenu l’essentiel : la paix fiscale, et la dérégulation, enfin !

Les médias publics, « infestés par l’idéologie gauchiste », ont été privatisés dans un grand élan de purification morale. Quelques grands patrons ont acheté chaînes et journaux « pour en finir avec la subversion ». Désormais, des mains fermes tiennent la presse, et elles savent ce qu’il faut dire. L’information, ne dérange plus : elle guide.

Partout, une grande réforme de l’éducation est venue couronner cette œuvre. Les écoles publiques, coûteuses et dévoyées, ont été progressivement remplacées par un système essentiellement privé. Les nouveaux programmes insistent sur les vertus morales, la discipline et l’obéissance aux anciens. L’esprit critique y est évoqué comme un vestige de l’individualisme d’hier ; on enseigne désormais la fierté, le mérite, la hiérarchie, le respect… et le catéchisme. Les professeurs, devenus tuteurs de civisme, sont d’abord évalués sur leur loyauté et leur civisme.

Les intellectuels, eux aussi, ont su s’adapter. Les plus nombreux se sont convertis à la nouvelle ère avec un zèle admirable : ils louent la « grande réconciliation entre le réel et la foi ». Les autres — ceux qui persistent à douter — ne sont plus publiés que chez des éditeurs marginaux. Les maisons d’édition, sélectionnent désormais ce qui élève, et non ce qui trouble. Le prix Goncourt est redevenu ce qu’il aurait toujours dû être : un prix de vertu.

Les anciens débats sur la liberté individuelle, la laïcité ou la sexualité appartiennent au passé : les sujets qui divisent n’existent plus. L’Europe respire mieux depuis que plus personne n’y parle de « droits ». Le devoir est redevenu à la mode. Les citoyens, eux, n’ont jamais été aussi apaisés. Les manifestations ont disparu, les colères se sont tues, les votes confirment la volonté générale.
Les nouveaux moyens de surveillance préviennent contestation inutile : l’écran a remplacé l’isoloir, la transparence ne fait peur qu’à ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Et les algorithmes, providence moderne, repèrent la déviance avant qu’elle ne se manifeste pour la reléguer loin du grand public.

L’intelligence artificielle, triomphe du rationnel, rend la justice. Plus rapide, plus juste, infaillible. Comme la police d’ailleurs enfin dotée de moyens sérieux.
L’économie prospère : libérée des normes, allégée des scrupules du passé, inutiles et coûteux. Plus personne ne songe à la retraite avant 75 ans.

L’Union Européenne a été remplacée par une Confédération souple d’États souverains (présidée par la Hongrie) : finie l’Union Européenne, construction obsolète de quelques politiciens apatrides. La moitié des fonctionnaires de la défunte Commission ont été remerciés ont fait leurs bagages, degageant de substantielles économies. L’euro subsiste mais chaque pays peut en manipuler le cours depuis que la BCE a été remise à sa place grâce au nouveau président de l’Union, un leader Hongrois.

Le climat n’est plus une priorité ; il s’adaptera, comme le reste. Les éoliennes ont été partout démantelées. Elles n’effraient plus les oiseaux. L’Europe respire enfin, dans un silence d’église. Les États-Unis, la Russie, la Chine se sont mis d’accord pour se répartir les rôles : les Américains font de l’argent, les Russes étendent leur empire dans les Balkans et la Chine digère Taiwan.

Tout est rentré dans l’ordre.

L’Histoire aussi.

Bernard Attali

Editorialiste