7 octobre : la mémoire nécessaire

par Laurent Joffrin |  publié le 07/10/2025

L’attaque du Hamas contre Israël restera dans l’histoire comme un événement funeste qui commande le respect des victimes du plus grand pogrom depuis 1945. Mais aussi comme un désastre pour la cause palestinienne.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Toujours se souvenir du 7 octobre ! Cette attaque barbare menée par une organisation terroriste et obscurantiste, restera comme une date historique cruelle pour les Israéliens, victimes du plus grand pogrom depuis la Seconde Guerre Mondiale et, tout autant, comme une plaie ouverte dans la conscience universelle. Quelque 1500 personnes ont été tuées dans des conditions abominables parce qu’elles étaient juives et des centaines d’autres emmenées comme otages : tout humaniste doit garder cette date gravée dans sa mémoire.

Elle a été tout aussi funeste aux Palestiniens, que le Hamas prétendait représenter. Pour eux, le bilan de la guerre est désastreux : ayant déclenché la guerre, le Hamas a été écrasé. Ses alliés – la faction houthie, l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais – ont été frappés et affaiblis à des degrés divers, consacrant la supériorité irrésistible de l’armée d’Israël dans la région. La population a payé la folie fanatique de quelque soixante mille morts, en raison de la réplique israélienne, parfaitement légitime au départ, prolongée ensuite indûment par le gouvernement Netanyahou au prix d’un massacre de civils épouvantable.

Le Hamas cherchera sans doute à nier la défaite en constatant avec une satisfaction haineuse la dégradation de l’image d’Israël dans le monde, la montée de l’antisémitisme dans les grandes démocraties et le retour sanglant de la question palestinienne sur la scène planétaire. Sont-ce des consolations ? En quoi tout cela fait-il avancer la cause du nécessaire état palestinien ? Au bout du compte, la pax americana dessinée par le plan Trump offre la seule voie possible vers l’apaisement du Proche-Orient. À tout prendre, le cessez-le-feu et la libération des otages imposés par le président américain, s’ils se confirment, valent mieux que la poursuite de la guerre.

Mais le futur état palestinien, à peine évoqué dans le document Trump et soumis aux draconiennes conditions israéliennes, reste toujours dans les limbes. Tout au plus peut-on espérer la formation d’une entité palestinienne gouvernée par un aréopage extérieur qui rétablisse l’aide humanitaire, entame la reconstruction et garantisse une relative paix civile. Sachant que le sort de la Cisjordanie en butte à la colonisation israélienne n’a même pas été mentionné.

Une paix des cimetières au fort parfum néocolonial, donc, qui s’imposera faute de mieux : voilà le résultat d’une opération terroriste que les courants décoloniaux persistent à trouver légitime au mépris de toute considération humaine. Peut-être pourraient-ils tirer un bilan lucide de cette lutte armée cruelle qui n’a mené qu’à l’écrasement des combattants du Hamas et au martyre des civils palestiniens. Mais c’est beaucoup demander…

Laurent Joffrin