À quand la crise de régime ?

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 09/07/2025

Quoi que propose François Bayrou le 15 juillet, il est peu probable qu’il échappe à une motion de censure à l’automne. Sa chute ouvrirait une ère de turbulences qui peut déboucher sur un scénario catastrophe.

François Bayrou lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 8 juillet 2025. (Photo Magali Cohen / Hans Lucas via AFP)

Le pays broie du noir et le microcosme prévoit le pire. Dans l’état d’exacerbation où se trouvent les forces politiques, on imagine mal un compromis à la rentrée sur le Budget. François Bayrou en esquissera les grandes lignes mardi prochain. Quels que soient ses arbitrages, les réactions sont prévisibles…et négatives : la droite s’opposera à toute hausse d’impôt (même déguisée en année blanche) et la gauche refusera toute coupe dans le social (même si les plus modestes sont épargnés).

Le gouvernement va donc droit dans le mur. Il faudrait un miracle pour éviter le crash. Et sa kyrielle de conséquences institutionnelles : nouveau gouvernement, sans doute nouvelle censure, dissolution, appel à la démission du chef de l’Etat si les macronistes sont de nouveau battus, présidentielle dans des conditions ubuesques, avec des marchés financiers qui ne manqueraient pas d’imposer leur dure loi économique, n’appréciant guère le désordre budgétaire qui découlerait d’une telle instabilité. La BCE, sinon le FMI, serait à nos portes.

Ce scénario catastrophe peut se doubler de l’arrivée au pouvoir, via la dissolution ou une présidentielle anticipée, du Rassemblement national. Certes, Marine Le Pen ne peut être élue députée mais cela n’empêcherait pas son parti de gagner. On ne voit pas comment le NFP se reconstituerait après avoir été voué aux gémonies par la moitié des socialistes. Et comment un Front républicain réussirait cette fois encore à faire voter les Insoumis pour la droite et réciproquement.

Quant à la présidentielle, si l’on devait en arriver là, Jordan Bardella est disponible. Il est certes jeune et inexpérimenté, et le RN n’aura sans doute pas montré que des candidats blancs-bleus, mais il peut se produire une poussée dégagiste qui amène l’extrême-droite aux manettes sur un malentendu…Les candidats de gauche comme de droite étant trop nombreux et inorganisés, la pagaille peut favoriser le champion du parti à la flamme.

Il s’agit bien sûr d’un scénario catastrophe qu’à tout moment un sursaut peut enrayer. Première possibilité : les socialistes reprennent leurs esprits, pensent à leur pays avant leur parti, et se résignent à laisser François Bayrou faire une partie du sale boulot, surtout s’il leur concède in fine une mesure fiscale qui fasse vraiment mal aux plus riches. La tendance actuelle au PS n’est pas à l’indulgence, car LFI lui met l’épée dans les reins, et les municipales sont en vue, où les accusations de trahison peuvent handicaper les édiles roses, sortants ou impétrants. Mais peut-être que François Hollande, une fois encore, saura trouver les mots de la raison…

Autre « solution » qui éviterait la chute inéluctable du Béarnais : les oppositions n’auraient pas à se prononcer sur le Budget. François Bayrou peut en effet décider d’utiliser l’article 47 de la Constitution qui prévoit, si la loi de Finances n’est pas adoptée après 70 jours de discussion, que le gouvernement puisse le mettre en œuvre par ordonnances. Cet article n’a jamais été utilisé, mais ce ne serait pas illégal. Cela permettrait de ne pas utiliser le 49.3 qui conduit au dépôt d’une motion de censure et, pour la gauche comme pour la droite, d’éviter de voter des dispositions qu’elles désapprouvent. François Bayrou aurait ainsi donné un Budget à la France et pourrait, ou non, tirer sa révérence en laissant la place à un premier ministre moins usé comme Sébastien Lecornu, choix originel d’Emmanuel Macron.

Dernière hypothèse où le désastre serait évité : le RN préfère attendre avant de baisser le pouce et ne vote pas la même censure que la gauche. Chacun cherche à sanctionner le gouvernement en déposant la sienne mais ne mêle pas ses voix à la motion de l’autre. Cela parait tiré par les cheveux mais si une campagne est habilement menée sur les conséquences catastrophiques pour le pays d’être à nouveau privé de budget, les forces politiques trouveront peut-être une porte de sortie de ce genre, qui ménagerait leurs convictions sans précipiter la France dans le chaos.

Le pire n’est jamais sûr, dit l’adage. Si l’ambiance actuelle a des parfums de IVème République finissante, nous n’en sommes pas au point de devoir résister à des généraux factieux sur fond de guerre coloniale. Mais la crise de régime se profile. Le pays semble déliquescent et ses dirigeants impuissants. Et on cherche en vain un de Gaulle pour nous tirer de là…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse