Affaire Epstein : le Labour dans la tempête

par Régis Poulain |  publié le 13/02/2026

Les remous de l’affaire Epstein n’en finissent pas d’ébranler la famille royale et la classe politique outre-Manche. Le Premier ministre se retrouve empêtré dans un scandale dont on ne voit pas la fin, et qui menace désormais de fragiliser les institutions britanniques.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer et le député travailliste Peter Mandelson. Le 4 février 2026, Keir Starmer a déclaré regretter la nomination de Peter Mandelson au poste d'ambassadeur aux États-Unis, suite aux liens étroits de celui-ci avec Jeffrey Epstein. (PHOTO AFP)

Mieux vaut tard que jamais, car les faits ne datent pas d’hier. L’ex-prince Andrew, connu à présent comme « Andrew Mountbatten-Windsor », a été accusé d’abus sexuels remontant au début des années 2000 dans les mémoires de l’une des principales victimes de Jeffrey Epstein, Virginia Giuffre. C’est elle qui permet l’ouverture de l’enquête qui va mener à l’arrestation du multimillionnaire américain en juillet 2019, un mois avant son suicide en prison.

Elle affirme avoir été victime d’un trafic sexuel en 2001 dont a bénéficié par trois fois le prince britannique. En réponse, Andrew accorde en 2019 une interview déplorable à la BBC qui lui met définitivement l’opinion publique à dos. Virginia Giuffre s’est suicidée à l’âge de 41 ans en avril 2025 – une version à laquelle son père ne croit pas. Ses mémoires paraissent quelques semaines plus tard, renforçant les soupçons de comportements criminels qui pèsent sur Andrew.

Tout s’est accéléré ces derniers mois : Andrew perd ses titres et ses honneurs militaires en octobre 2025. Début février 2026, il est expulsé de sa résidence royale. Une enquête est ouverte par la justice britannique, notamment pour avoir transmis des documents commerciaux secrets à Jeffrey Epstein alors qu’il était envoyé spécial du gouvernement britannique pour le commerce international en 2010. Les photographies compromettantes déclassifiées par les États-Unis le montrent à quatre pattes, l’œil torve, au-dessus d’une femme au visage flouté qui semble inanimée. Son ex-femme, Sarah Ferguson, n’est pas épargnée : alors que le prédateur sexuel passait ses nuits en prison en 2009, elle lui a envoyé des mails pour lui demander… comment se déclarer en faillite. Le choc est immense outre-Manche.

Démissions en série au gouvernement

Loin d’être cantonnée à la famille royale, l’onde de choc Epstein touche des membres parmi les plus influents du gouvernement. Lord Peter Mandelson, principal architecte du New Labour et actuel ambassadeur aux États-Unis, a été contraint de démissionner. Il est soupçonné d’avoir transmis à Jeffrey Epstein des informations confidentielles susceptibles d’influer sur les marchés lorsqu’il était ministre du Commerce. Dans sa chute, il emporte Tim Allan, le directeur de la communication du Premier ministre, qui venait d’être nommé. Le plus haut fonctionnaire du pays, Chris Wormald, est également sur la sellette : occupant le poste de secrétaire du Cabinet depuis décembre 2024, il s’agirait du plus court mandat de l’Histoire.

Les révélations en chaîne de l’affaire Epstein viennent fragiliser le gouvernement de Starmer, qui manquait déjà de stabilité. Plusieurs poids lourds ont quitté son cabinet à cause de scandales judiciaires ou de désaccords politiques. Angela Rayner a démissionné de ses fonctions de vice-Première ministre et de secrétaire d’État au Logement en septembre, après qu’une enquête a conclu à une violation du code ministériel concernant une taxe immobilière. Louise Haigh a quitté son poste de secrétaire d’État aux Transports en raison d’une condamnation pénale passée. Tulip Siddiq, secrétaire économique au Trésor, a démissionné le 13 janvier 2025 à la suite d’allégations sur les finances de sa famille. Rushanara Ali a démissionné de son poste de sous-secrétaire d’État au Logement le 7 août 2025 après des controverses liées à la gestion de ses locataires…

Toutes ces affaires viennent ternir l’image d’un parti qui s’est fait élire grâce aux frasques du parti conservateur et en promettant la probité. Alors que le parti d’extrême droite Reform est plus haut que jamais dans les sondages, la gauche britannique prépare sa relégation dans l’opposition. Dans ce climat délétère, la chute du Labour n’aurait effectivement plus rien d’improbable.

Régis Poulain