Affaire Epstein : schisme dans la galaxie MAGA

par Sébastien Lévi |  publié le 19/11/2025

L’affaire Epstein expose des failles inédites au sein de la base trumpiste. Loin d’être un épisode isolé, ce scandale illustre la défiance de l’écosystème MAGA vis-à-vis de son gourou et créateur, Donald Trump.

La députée Marjorie Taylor Green s'entretient avec des victimes d'Epstein avant une conférence de presse sur la loi de transparence concernant les dossiers Epstein, à Washington, le 3 septembre 2025. (Photo : Allison Bailey / NurPhoto via AFP)

La décision de Trump d’autoriser la divulgation des dossiers Epstein n’est pas une prise de conscience salutaire mais la certitude que ce texte sera finalement voté à la Chambre, avec ou contre lui. Anticipant une défaite, le président américain a fait mine de soutenir ce texte à la dernière minute, pour suggérer qu’il n’avait rien à cacher.

Cette manœuvre qui ne trompe personne traduit son désarroi, au-delà de l’embarras que représente cette sordide affaire Epstein. Trump se rend compte qu’il ne peut plus complètement imposer sa volonté au Parti républicain, ni même à ses soutiens de toujours. Cette affaire marque les premières fissures majeures dans la loyauté sur laquelle il pouvait compter jusqu’ici.

Fidèle de la première heure, l’élue républicaine Marjorie Taylor Green, en pointe sur le dossier Epstein, relaie une théorie du complot sur le rôle que ce dernier aurait eu au sein du Mossad. Cette association lui offre un autre angle d’attaque en vogue dans la base MAGA contre Trump, le héraut d’« America First » accusé de trop s’occuper de l’extérieur. Cette accusation est notamment relayée par l’extrême-droite qui voit les États-Unis dans les mains des Juifs ou d’Israël, avec Greene qui rejoint ici des figures majeures de MAGA comme Steve Bannon ou Tucker Carlson. Cette critique, qui concerne aussi le soutien financier à l’Argentine et même le « soutien » à l’Ukraine, est émise par l’aile MAGA la plus alignée avec le trumpisme originel, comme pour l’affaire Epstein.

Cette crise au cœur du mouvement MAGA, obsédé par la dépravation supposée des élites mondialisées et la priorité nationale, prend d’autant plus d’ampleur que l’économie ne se porte pas bien, avec une inflation qui repart à la hausse à la suite des droits de douane.

Les écarts et les outrances de Trump pourraient être acceptés tant bien que mal si ses électeurs voyaient leurs ennemis mordre la poussière, mais aussi leurs propres conditions de vie s’améliorer. Au contraire du 1er mandat de Trump, l’économie souffre et les mensonges de Trump sur le sujet ne suffisent pas à apaiser ses électeurs. Si les travaux somptuaires décidés par Trump à la Maison-Blanche ne semblent pas encore jouer de rôle majeur dans le désamour venant de sa base, ils contribuent au dévoiement de la devise « America First » en « Trump first ». Et lorsque les priorités diplomatiques de Trump se traduisent en gains financiers pour lui et sa famille, comme avec l’Arabie Saoudite, l’effet d’optique est désastreux.

Trump voit avec horreur sa créature MAGA lui échapper, ou tout au moins cesser de lui obéir au doigt et à l’œil. Cela lui est insupportable, comme l’a révélé son propos excédé en réponse à Taylor Greene, lorsqu’il avait affirmé : « J’ai créé MAGA. C’est moi qui décide ce qu’est MAGA ». Tel un Frankenstein affaibli politiquement, c’est son ego boursouflé qui est piqué au vif.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis