Affaire Thierry Breton : l’Europe se soumet
En restant inertes face aux mesures humiliantes infligées par l’administration américaine, les Européens choisissent la soumission face à l’Ubu roi de la Maison-Blanche. Croit-on que ce soit la bonne tactique ?
Trois jours, et toujours rien, sinon quelques phrases… Dans un geste extravagant, Donald Trump interdit d’entrée aux États-Unis l’ancien commissaire européen Thierry Breton, en même temps que quatre responsables d’ONG intervenant dans le monde numérique. Que fait l’Union européenne ? Rien.
La décision est pourtant méprisante, humiliante et totalement contraire aux usages qui régissent les rapports entre nations démocratiques en principe alliées. Le crime de Breton ? Avoir demandé qu’on appliquât aux plates-formes américaines les règlements sur la régulation d’Internet votés à l’unanimité au Parlement européen et réclamé d’Elon Musk qu’il respectât, comme tout un chacun en Europe, les lois démocratiques de l’Union. Ce crime de lèse-majesté a suscité l’ire de la tech yankee et importuné l’Ubu de la Maison-Blanche. D’où cette mesure mesquine et dédaigneuse prise contre celui qui a voulu résister, avec l’appui des gouvernements européens élus, aux prétentions impérialistes des milliardaires du numérique.
La riposte introuvable face à Washington
Comme l’écrit Le Figaro – qui trouve toutes sortes d’excuses à Donald Trump – l’Union « cherche la riposte aux attaques américaines ». Une admirable recherche qui n’a, pour l’instant, débouché que sur des protestations verbales et creuses, alors que les instruments élémentaires de la réponse sont à sa disposition, ne serait-ce que par l’application de restrictions diplomatiques proportionnées. Nathalie Loiseau, députée européenne, propose d’interdire de séjour Robert F. Kennedy, l’antivax obscurantiste nommé ministre de la Santé par Trump, qui ne cesse de répandre des billevesées médicales au fil de ses déclarations. Seul l’écho lui a pour l’instant répondu…
Certains responsables, poursuit Le Figaro, mettent en garde contre « une escalade » contraire aux intérêts de l’Union. C’est un fait que les États-Unis, sur le plan militaire, comme en matière numérique, sont plus forts que les nations du vieux continent, qu’elles soient unies ou divisées. Mais une question se pose : la soumission est-elle l’attitude la plus habile pour les Européens ? La présidente du Mexique et le Premier ministre canadien, tout aussi démunis en regard de la puissance américaine, ont choisi de ne pas céder aux oukases trumpiens. Tous deux ont obtenu un traitement douanier plus favorable que celui réservé aux Européens.
Selon sa philosophie – officiellement revendiquée – le président américain ne respecte que la force. Pour les faibles, les cauteleux, les trouillards, il n’a que mépris et agressivité. Serait-ce de bonne politique que de l’encourager dans cette voie ? Croit-on qu’en bradant sa propre souveraineté, l’Europe en sortira plus forte ?
Le précédent de Gaulle et la logique de la force
Petit rappel historique : en 1940, chef d’une petite faction qui voulait poursuivre la lutte, de Gaulle avait choisi l’intransigeance à l’égard des nations anglo-saxonnes alliées, alors même que le rapport de forces était écrasant en sa défaveur. Arc-bouté sur sa volonté d’indépendance, il avait imposé la France libre sur la scène internationale, irritant ses alliés, mais gagnant leur respect. Première puissance commerciale au monde, forte de ses principes de liberté et de coopération, l’Europe a les moyens de se faire entendre. Encore faut-il qu’elle le veuille.



