Alarme sur les océans

par Gilles Bridier |  publié le 09/11/2025

Le changement climatique entraîne une acidification des eaux des océans, qui met en péril les équilibres des écosystèmes indispensables pour régénérer la vie dans les mers comme sur terre. Un dossier prioritaire pour la COP30 à Belém.

Un chercheur en écophysiologie, contrôle l'acidité de l'eau salée dans des tubes contenant des larves d'huîtres à l'IFREMER de Landunvez, dans l'ouest. Les expériences scientifiques menées témoignent de l'urgence de réduire les émissions de CO₂. (Photo : Fred Tanneau / AFP)

Alertez les poissons ! Insidieusement autant que silencieusement, le changement climatique vient de causer le franchissement de la septième limite planétaire sur les neuf établies en 2015. Provoquée par les émissions de CO₂, l’acidification des océans vient de dépasser un seuil alarmant, selon un rapport publié en septembre par le Planetary Boundaries Science Lab, un laboratoire de l’Institut de recherche de Potsdam en Allemagne.

Au même titre que les forêts qui sont des puits de carbone, les océans absorbent 25% du dioxyde de carbone de l’atmosphère et produisent plus de 50% de l’oxygène, jouant un rôle majeur dans la régulation du climat et la biodiversité, explique le ministère de la Transition écologique. À cause d’un milieu naturel rendu plus acide, les coraux, le plancton, les coquillages et crustacés sont menacés, et toute la chaîne alimentaire dont ils sont la base.

De plus, l’eau de mer dont le potentiel d’hydrogène (pH) baisse perd une partie de sa capacité d’absorption du CO₂, phénomène aggravant pour le changement climatique. Or, selon les scientifiques de l’institut, l’acidité des océans aurait augmenté de 30% depuis l’ère préindustrielle. Ainsi, même si le changement climatique ne se manifeste pas dans le monde du silence par des phénomènes extrêmes plus violents et plus fréquents, à l’instar des inondations et des cyclones à la surface de la planète, il n’en est pas moins dévastateur. C’est une spirale infernale: au-delà des effets en chaîne sur le monde vivant, l’acidification des océans provenant du réchauffement réduit leur capacité de séquestration du carbone, aggravant le processus de ce réchauffement pour les décennies à venir. Et ainsi de suite.

Les six limites planétaires déjà dépassées avec le changement climatique sont la hausse des températures et l’augmentation de la concentration de CO₂, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, l’utilisation et le cycle de l’eau douce, l’introduction de produits chimiques et de plastique dans la biosphère, et le changement d’usage des sols avec notamment la déforestation. L’acidification des océans serait donc la septième, même si certains experts restent encore réservés. Mais selon le GIEC, si la hausse de émissions de CO₂ se poursuit au même rythme qu’actuellement, le pH de surface des océans pourrait devenir vraiment critique à la fin du siècle. « L’acidité pourrait augmenter de 170% par rapport à 1850 », alerte le Réseau Action Climat France. Par exemple, en Antarctique, 60 % des eaux de surface pourraient devenir corrosives pour les organismes dont la coquille est vulnérable et les écosystèmes contenus dans les récifs coralliens. « Certaines régions de l’Arctique sont déjà corrosives pour certaines espèces marines et la plupart le seront dans quelques décennies », insiste le ministère.

Les sociétés industrielles vont dans la mauvaise direction pour la sauvegarde de leur environnement, mais deux limites planétaires ne sont pas encore franchies: l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère. Mieux: la résorption du trou dans la couche d’ozone se poursuit grâce à l’interdiction prise en 1996 d’utiliser les gaz fluorés (CFC) et les aérosols contenant des substances nocives, après l’adoption du protocole de Montréal neuf ans plus tôt. Or selon l’ONU, cette couche d’ozone pourrait être reconstituée vers 2050 ! Ce qui laisse supposer que des solutions sont également accessibles pour les autres limites planétaires à condition que les politiques publiques soient suffisamment volontaristes pour inverser la tendance, plaide l’institut de Postdam.

Mais à l’époque, les États-Unis étaient signataires de l’accord de Montréal, alors qu’ils persistent aujourd’hui à tourner le dos à l’accord de Paris pour continuer à brûler toujours plus hydrocarbures au coeur de leur modèle énergétique et, par là, économique. Derrière eux et ils ne sont pas seuls, on peut craindre un désengagement des autres acteurs pour enrayer le réchauffement. Avec les conséquences sur l’accélération du changement climatique, le réchauffement de l’atmosphère et l’acidification des océans. La mission de la COP30 sera de remobiliser les signataires de l’accord de Paris… dix ans plus tard.

Gilles Bridier