Alberto Melloni : « Les cardinaux chercheront une nouvelle forme de papauté. »

par Marcelle Padovani |  publié le 01/05/2025

À 64 ans, l’historien du christianisme Alberto Melloni vit son cinquième Conclave. L’événement coïncide avec la sortie de son livre Le conclave et l’élection du Pape

Cardinaux assistant à une messe à la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 30 avril 2025. (Photo de Tiziana Fabi / AFP)

En quoi le Conclave du 7 mai pourra-t-il être différents des précédents ?

Chaque Conclave a quelque chose de nouveau voire de magique. Derrière les murailles ouatées, la réclusion des cardinaux a pour but de faire vite plutôt que de protéger un secret. Ce fameux goût du secret n’a été avéré qu’avec l’élection de Pie IX, quand on redoutait un soi-disant « pape athée » ! Quoi qu’il en soit, tous les Pontifes, une fois élus, se rendent sur le balcon de la basilique et déclarent « Je remercie mes frères cardinaux », sans faire allusion le moins du monde à un mystérieux Saint Esprit. Le Pape François avait ajouté « Le devoir du Conclave est comme toujours de donner un évêque à Rome. La nouveauté, avec moi, est d’être allé le chercher au bout du monde ».

Rien d’extravagant n’est donc prévu pour ce Conclave-ci ?

Non. Son déroulement relève de la routine. Sa seule véritable nouveauté est peut-être l’intrusion de la politique dans le débat. Si le pape Benoit XVI avait souhaité que le Conclave « se défende de la culture de gauche », aujourd’hui Trump ose déclarer « J’aimerais bien être Pape» ! N’oublions pas que son vice-président Vance, reçu par François, lui avait jeté au visage qu’il était « le Pape le plus favorable à l’avortement de toute l’Histoire ». Mais que – malgré les différences entre administrations américaine et vaticane – «une entente sur les migrants était possible». Savez-vous comment François a répondu à toutes ces extravagances ? En lui offrant pour ses enfants trois œufs de Pâques en chocolat du genre de ceux qu’on vend dans les supermarchés. Même Emmanuel Macron a cédé à la tentation politique en réunissant les cardinaux français pour leur suggérer de défendre la candidature du cardinal archevêque de Marseille, Monseigneur Aveline.

 L’héritage de François pèsera-t-il sur le Conclave ?

Bien sûr ! Mais il faut comprendre de quel « François » il s’agira. François avait deux facettes. D’un côté le Pontife séduisant, ouvert, visionnaire et charmant. De l’autre, le pape qui, du haut de son trône, a gouverné l’Église de façon verticale et très personnelle. Pour ma part, je suis convaincu que les cardinaux chercheront une nouvelle forme de papauté. En opposition avec l’évolution en cours dans le monde entier qui, en singeant Carl Schmitt, milite pour des exécutifs robustes, musclés, autoritaires et violents s’il le faut. 

Propos recueillis par Marcelle Padovani 

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome