Amélie de Montchalin, Jeanne d’Arc du budget

par Valérie Lecasble |  publié le 11/07/2025

Jusqu’au bout, la ministre chargée des comptes publics aura ferraillé avec conviction pour tenter de résoudre l’impossible équation budgétaire qui sauverait le gouvernement Bayrou.

La ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, quitte le conseil des ministres hebdomadaire au palais de l'Élysée, le 16 avril 2025. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

Quand toute la classe politique lui prédit l’apocalypse, elle demeure calme, souriante et … confiante. Quel que soit le sort du budget 2026 qui doit logiquement faire sauter le gouvernement Bayrou, Amélie de Montchalin restera une révélation. Ministre déléguée au budget, elle aura tenté avec conviction de résoudre l’impossible équation budgétaire d’une France surendettée, grâce à une méthode désormais rodée : description d’une situation dramatique pour mobiliser les Français ; lancement de ballons d’essais pour voir comment ils retombent dans l’opinion ; échange enfin avec les partis politiques pour tester la faisabilité des mesures envisagées. Son ton assuré et son expression claire l’ont propulsée mascotte des media où elle assure de nombreuses émissions de qualité.

A l’occasion des 25 ans du magazine politique L’Hémicycle, elle affiche comme toujours son assurance. Elle évoque l’indispensable souveraineté de la France, le spectre d’un choc des marchés face à une dette devenue insoutenable, et elle assène : « on ne va pas laisser la troïka décider de l’avenir de notre pays ! ». La troïka ? Il s’agit de la funeste alliance constituée par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne lorsque les trois institutions en viennent à superviser les plans de sauvetage imposés aux pays européens dont les finances sont au bord du gouffre. Lors de leur redressement, la Grèce, puis le Portugal, l’Espagne voire l’Italie sont passés sous sa férule.

Hors de question que la France subisse le même sort ! Nous devons nous réformer par nous-mêmes, et non sous la pression de l’extérieur, plaide la ministre. Et de citer ses rencontres avec les partis politiques qui ont, selon elle, dégagées un consensus sur l’incontournable réduction d’une dette qui caracole à 3 345 milliards d’euros, soit 114 % de son PIB, en hausse de plus de 40 milliards d’euros en un seul trimestre…

Dans la copie qu’elle a rendue il y a deux semaines à son ministre de tutelle Éric Lombard, elle propose à 90 % des économies, assorties à la marge de la suppression de quelques niches fiscales et de la vérification des « petits colis » chinois qui s’exonèrent de la TVA. A-t-elle une chance d’éviter à l’automne une motion de censure qui renverserait le gouvernement ? Rares sont ceux qui misent un kopeck sur son combat auquel elle persiste pourtant à croire.

Cette HEC d’origine lyonnaise, fille de cadre supérieur, qui a fait sa prépa à Ginette après le lycée Hoche de Versailles, a suivi un parcours d’excellence. Non contente de fréquenter les meilleures écoles, elle complète son cursus par une licence d’histoire à la Sorbonne et une autre d’économie appliquée à Dauphine. Elle parachève sa formation avec un master d’administration publique à Harvard. Lobbyiste pendant trois ans chez Axa, elle renforce son image de grande bourgeoise en se mariant avec Guillaume de Montchalin, financier chez Eurazeo et rejeton d’une noble famille bressane.

Rapporteure de la loi de Finances à l’Assemblée nationale, les chiffres n’ont plus de secret pour elle. Elle enchaîne les postes ministériels : aux Affaires européennes, à la transformation de l’État, à la transition écologique d’où elle doit démissionner après avoir été battue aux élections législatives de 2022 par … Jérôme Guedj qui récupère sa circonscription de l’Essonne.

Deux années plus tard, la voici qui revient par la grande porte, nommée par François Bayrou au Budget, point pour l’instant culminant de son ascension. A 40 ans, son expérience donne à Amélie de Montchalin une expertise reconnue, y compris de ses adversaires politiques. Cela lui suffira-t-il, telle Jeanne d’Arc, à lever le siège d’Orléans ?

Valérie Lecasble

Editorialiste politique