Antisémitisme : LFI replonge

par Boris Enet |  publié le 29/12/2025

La campagne de diffamation dont est victime le chef urgentiste de l’hôpital de Seine-Saint-Denis, Mathias Wargon, est à la confluence des attaques traditionnelles contre la science et d’un antisémitisme « d’atmosphère » devenu viral.

Mathias Wargon, chef du service des urgences de l'hôpital Saint-Denis, le 25 août 2021. (Photo Daniel Pier / NurPhoto via AFP) Le député LFI, Aly Diouara, le 11 Mars 2025. (Photo Eric Beracassat/Hans Lucas via AFP)

Habitué des plateaux télé, Mathias Wargon plaide pour la vaccination contre la grippe, corrélant l’engorgement des services d’urgences avec l’irresponsabilité de ceux qui refusent de se faire vacciner. Comme au temps de la Covid, les habituels adversaires de la médecine se liguent et dénoncent les trusts pharmaceutiques ou – dans un délicieux sophisme – la pensée unique vaccinale qui exclurait le doute scientifique. Jusqu’ici rien de neuf, dans un pays où la couverture vaccinale est encore inférieure aux normes internationales.

Le tropisme antisémite d’un député insoumis

La nouveauté vient d’un député insoumis, Aly Diouara, élu de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis, s’exprimant sur le réseau social X : « Soutenir un génocide et diriger un service d’urgences : voilà le « chef » d’un hôpital à deux pas de chez moi. Effrayant ». À ce stade, une précision s’impose : s’il défend Israël, le médecin urgentiste en question n’a jamais approuvé la politique du gouvernement Netanyahou.

Chacun cherche donc le lien entre le propos sur la grippe et la situation au Proche-Orient. De nombreux citoyens ou politiques l’ont trouvé et volent au secours de Mathias Wargon. Ainsi le député européen Raphaël Glucksmann : « Nous sommes en 2025. Un médecin parle vaccination. Un député répond en le traitant de génocidaire. Le médecin n’aurait pas été juif, ne me dites pas qu’on serait passé aussi vite de « grippe » à « génocide ». Voilà ce qu’est LFI. Soutien @wargonm face à la haine la plus crasse. »

Aly Diouara s’était déjà illustré en publiant, le 12 mai 2024, un tweet qualifiant Raphaël Glucksmann, tête de liste Place-publique-PS aux élections européennes, de « candidat sioniste», et plus précisément de « candidat sioniste de la droite libérale de gôche .». Dans un autre tweet de cette même campagne, il appelait dans une vidéo à « dégager » trois candidats : Raphaël Glucksmann, François Kalfon, et Emma Rafowicz, qu’il accusait – déjà – d’être « complices du génocide », en dépit du discours du Parti socialiste sur la question. Ces candidats étaient les seuls visés sur la liste PS-Place publique et tous trois ont des noms à consonance juive.

Là où les lecteurs de LeJournal.info ne verront que l’évidence, un autre député insoumis, Aurélien Taché, décèle autre chose, toujours sur le même réseau : « Et si @AlyDiouara, n’était pas noir et musulman, l’aurais-tu aussi vite traité d’antisémite @glucks1 ? On savait que tu étais un bourgeois. On découvre que tu es aussi un raciste. Voilà ce qu’est Place Publique, un petit parti de droitards racelards qui ne s’assume pas. » Oui, « racelards », vous avez bien lu.

Une campagne sur le modèle des années 1930

Devant les violences verbales contre les sachants, liées à l’obsession anti-juive, comment ne pas se souvenir des campagnes antisémites des années 1930, qui n’étaient pas le monopole de l’extrême-droite ? Les staliniens de jadis avaient eux aussi utilisé les caricatures antisémites à l’encontre de Léon Trotski banni d’URSS. En 1953, en dénonçant « le complot des blouses blanches », le petit père des peuples préparait une nouvelle campagne de répression au caractère clairement antisémite.

Aujourd’hui, LFI marche sur ces traces. Doublement pathétique, alors qu’un ancien trotskiste en est encore et toujours le chef… Jean-Luc Mélenchon aurait pu transmettre, éduquer, former ses ouailles en conservant les valeurs qui l’ont vu naître à la conscience politique : les libertés, la Révolution française et les Lumières, donc l’émancipation laïque, la quête d’un socialisme éclairé par les progrès et la science, la conscience européenne indissociable de la dénonciation des totalitarismes, dont sa version antisémite. Avec une once de dignité, il prendrait ses distances avec ces hommes et ces femmes qu’il a lui-même cooptés. Il en est incapable. Quittera-t-il la scène en ayant favorisé une nouvelle version de l’antisémitisme moderne ?

Boris Enet