Après le Venezuela, le Nigéria et l’Afrique du Sud…
Au nom de la lutte contre le narcotrafic, Trump cible les champs pétrolifères du Venezuela. Il convoite aussi les « terres rares » du Groenland. Pourrait-il demain s’intéresser aux hydrocarbures et aux minerais critiques africains ?
La doctrine MAGA (Make America Great Again), qui charrie un imaginaire de suprématie blanche et chrétienne, a fait de l’Afrique du Sud et du Nigéria — si l’on ose dire — deux « bêtes noires » de Trump et de son entourage.
Sur la base de grossières fake news, Trump, aiguillonné par Elon Musk, a cru pouvoir accuser la « nation arc-en-ciel » et son président Cyril Ramaphosa de pratiquer ni plus ni moins qu’un génocide de fermiers afrikaners blancs. Conséquence immédiate : la hausse des droits de douane à 30 % sur les exportations vers les États-Unis, et donc la menace de fermeture d’un marché essentiel pour l’industrie sud-africaine.
Rhétorique analogue au Nigéria où, de façon plus étayée, le régime du président Tinubu est accusé de laisser des musulmans — et des djihadistes se réclamant de l’État islamique (EI) en particulier — massacrer des chrétiens. Les tensions interreligieuses sont bien réelles au Nigéria, mais pas au degré extrême dénoncé par Trump. Au-delà des droits de douane, la réaction américaine a été encore plus brutale : l’aviation des États-Unis a décidé, en toute illégalité, de bombarder certaines zones du pays au nom de la volonté d’empêcher un prétendu « génocide ».
Des observateurs ont en outre relevé que la zone frappée, au nord-ouest, ne correspondait ni aux régions où les violences antichrétiennes sont les plus fortes — plutôt situées dans la ceinture centrale qui sépare grossièrement un nord majoritairement musulman et un sud majoritairement chrétien — ni aux secteurs où l’EI, après avoir absorbé Boko Haram, exerce une emprise significative. La zone visée abrite bien des bandes armées et des groupes djihadistes, mais en effectifs plus limités, représentant donc une menace moindre. D’où l’interrogation sur les objectifs réels d’une telle opération.
Elle pourrait traduire une volonté de fragiliser le président Tinubu, déjà confronté à de fortes tensions sociales : d’un côté, en renforçant de facto un État islamique installé au nord, doté de combattants nombreux et aguerris par les conflits du Sahel ; de l’autre, en réactivant au sud un séparatisme chrétien igbo, notamment autour du Biafra, toujours latent.
Quoi qu’il en soit, en ciblant l’Afrique du Sud et le Nigéria — les deux principales puissances économiques et industrielles d’Afrique subsaharienne — les États-Unis de Trump semblent vouloir les affaiblir et réduire leur influence sur le continent. Un calcul tactique, qui laisserait à Trump davantage d’espace pour imposer ses « deals ».
Vers des coups de force en Afrique
À la lumière de ce qui s’est produit début janvier 2026 au Venezuela, rien n’interdit d’imaginer que le Nigéria puisse, à son tour, devenir la cible d’une opération américaine comparable. Comme au Venezuela, où la lutte contre le narcotrafic a servi de prétexte à la mainmise sur les champs pétrolifères, la « croisade chrétienne » pourrait fournir, au Nigéria, une justification commode.
Plus généralement, on pourrait imaginer des coups de force similaires dans plusieurs capitales africaines : des régimes faibles et corrompus y résisteraient mal. Mais une telle projection américaine hors de son continent provoquerait sans doute d’autres réactions — non pas d’une Europe toujours aussi pleutre, mais surtout de la Chine, aujourd’hui principal prédateur du continent africain.



