Attentat de Sydney : le cynisme de Netanyahou
Quelques heures après l’attentat antisémite de Sydney, qui a fait au moins 15 morts et 40 blessés dimanche 14 décembre, Benjamin Netanyahou a mis en cause Canberra, reliant directement la tuerie à la reconnaissance de l’État de Palestine par l’Australie.
L’indécence ne souffre donc aucune limite. L’exploitation cynique de l’attaque antisémite de Sydney par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est une faute morale. Plus grave encore, elle est une faute politique qui n’aide en rien la lutte contre le fléau de l’antisémitisme dans le monde. Le sang des victimes de la tuerie avait à peine séché que l’intéressé dénonçait la responsabilité supposée du gouvernement australien dans ce nouvel acte barbare perpétré contre des Juifs.
Une certaine responsabilité bien réelle : celle d’avoir minoré les avertissements du Mossad, les appels de la communauté juive à augmenter la sécurité de leurs lieux de rassemblement, et d’avoir montré une trop grande mansuétude envers des propos antisémites proférés dans des manifestations pro-palestiniennes.
Mais il fallait le culot sans limite de Netanyahou pour blâmer directement un gouvernement, aussi inefficace soit-il, pour un attentat alors que lui-même n’a jamais assumé la moindre responsabilité pour l’attaque du 7 octobre 2023, le plus grand meurtre de Juifs depuis la Seconde Guerre mondiale, rejetant encore à ce jour la responsabilité sur les chefs de l’armée et des services de sécurité en poste ce jour-là.
La reconnaissance de la Palestine mise en cause
Il y a plus grave encore que ce culot : Netanyahou ne s’est pas contenté de critiquer la défaillance du gouvernement australien, en reliant directement la reconnaissance de l’État de Palestine par l’Australie à cette tuerie. Cette dernière est donc exploitée de manière éhontée par Netanyahou pour défendre sa politique et attaquer ceux qui s’y opposent.
Il est parfaitement possible de critiquer la reconnaissance de la Palestine dans son principe ou son calendrier. Mais attribuer la tuerie à cette reconnaissance relève de la mauvaise foi caractérisée. Pis encore, elle donne des arguments aux antisionistes radicaux qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre qu’il existe une différence entre la critique d’une politique et la critique ontologique d’un pays. Or, Netanyahou fait la même chose, en traçant une équivalence entre la critique d’un pays et l’appel à la violence. Dans sa logique, être pour un état palestinien c’est encourager l’antisémitisme et vouloir la destruction de l’État d’Israël.
Netanyahou persiste : « Moi ou le chaos »
Il existe un parallèle entre ces approches. Pour LFI, la politique du gouvernement israélien n’est pas critiquable, elle incarne la nature « génocidaire » d’un pays entier voire d’un peuple. Pour Netanyahou l’opposition à sa politique n’est pas critiquable mais criminelle. Elle mènerait au meurtre de Juifs. Dans les deux cas, nulle place pour la nuance : il faut « choisir son camp » : être pro ou anti Israël. Cette approche permet de taire toute critique rationnelle, et renforce ainsi les détracteurs les plus extrêmes d’Israël.
La reconnaissance de la Palestine est peut-être contestable mais elle n’est pas criminelle.
Tout comme la guerre de Gaza a été brutale sans être génocidaire. Netanyahou souhaite empêcher toute discussion raisonnable et la possibilité de critiquer rationnellement la politique de son pays, et force les gens à un choix binaire : êtes-vous Netanyahou ou Aymeric Caron ?
Cette injonction sommaire pourrait devenir le legs le plus détestable de l’ère Netanyahou. Elle tue l’argument selon lequel on peut critiquer un gouvernement sans critiquer pour autant tout un pays.



