Au Kivu aussi la guerre s’enlise
Les médias ne titrent plus sur le Kivu. Pourtant, cette guerre oubliée mais dévastatrice est particulièrement représentative de l’état du monde.
Il y a quelques semaines la prise de Goma, au Kivu dans l’Est de la RDC, faisait la une des médias occidentaux. Le mouvement rebelle M23, fortement soutenu par le Rwanda, venait de s’emparer de la principale ville de la région. Une guerre conduite depuis des années, au prix de centaines de milliers de morts, de déplacements massifs, de pénuries en tous genres.
Puis, le 18 mars dernier, le Qatar faisait un beau « coup » diplomatique. La photo officielle montre l’émir Al-Thani trônant avec à ses côtés les deux présidents, le congolais Felix Tshisekedi et le rwandais Paul Kagamé. Le Qatar a donc repris en main une médiation menée depuis deux ans et demi par le président angolais Lourençao, mais sans le moindre succès. Dès l’annonce de la rencontre à Doha, celui-ci a renoncé de lui-même à sa mission.
Ce constat est inquiétant, d’abord pour l’Afrique elle-même. Il est non seulement humiliant pour le président Lourençao, mais l’est aussi pour les organisations sous-régionales, EAC et SADC, qui lui avaient confié cette mission de médiation. Il l’est aussi pour l’Union Africaine, puisqu’il prouverait en quelque sorte que le continent africain et ses structures propres ne sont pas en mesure de régler les conflits sur leur propre sol.
C’est donc le Qatar, en habitué de missions délicates, comme au moment du départ des États-Unis de l’Afghanistan ou après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a repris le flambeau.
Il ne faut toutefois pas s’y tromper. Ce ne sont pas seulement les qualités de médiateur de l’émir et de ses équipes qui expliquent ce succès diplomatique sur la scène du Kivu. Ce sont aussi les importants investissements du Qatar au Rwanda, notamment dans le domaine aérien autour de Qatar Airways qui a fait venir Paul Kagamé à la table des discussions, ce qu’il n’avait jamais fait jusqu’ici. De même, les accords en cours entre la RDC et le Qatar dans plusieurs domaines, ou encore l’ouverture d’une ambassade qatarie à Kinshasa, ont certainement poussé Félus Tshisekedi à accepter l’invitation.
Ce premier succès diplomatique a permis l’arrivée à Doha d’une délégation du M23, le mouvement rebelle menant les combats, soutenu ouvertement par le Rwanda. Il a permis aussi quelques avancées, comme la fin de l’occupation de la ville de Walikale par le M23, qui détient toujours les deux plus importantes villes du Kivu, Goma et Bukavu.
Les principaux protagonistes sont donc bien à la table des négociations, mais pour autant les échanges n’ouvrent pour l’instant aucun horizon de paix, tant les seuls préalables mis en avant par le M23 sont difficiles à satisfaire par la RDC. Les rebelles exigent en effet un engagement écrit du Président congolais qui stipulerait qu’il renonce à des condamnations à mort ou à des décisions législatives prises par l’Assemblée Nationale congolaise.
En outre, sur le fond, il est encore difficile de savoir ce que veulent le M23 et son soutien rwandais. Une sécession politique qui confirmerait la prise en main territoriale par le Rwanda ? Ou, à l’inverse, une réintégration du M23 dans les cadres de la nouvelle union nationale prônée par le président Tshisekedi ? On voit mal le M23 abandonner sans contreparties son rapport de force actuel et notamment sa mainmise sur les mines de coltan.
Toutes proportions gardées, est-on si loin des discussions en cours autour de l’Ukraine en Arabie Saoudite ? On pourrait le penser à cause du rôle particulier qu’y jouent les Américains. Mais il ne faut pas s’y tromper. Comme en témoigne la tournée récente de Massad Bouloss, le conseiller Afrique de Donald Trump, en Afrique centrale. Les Américains veillent aussi sur le Kivu. Le Kivu et ses mines. Comme Walikale et sa mine d’étain, une des plus importantes au monde. Les Américains en possèdent la majorité du capital et viennent d’en obtenir la reprise des activités…



