Audiovisuel public : le silence de la gauche
L’extrême-droite s’est emparée d’une commission parlementaire pour tenter de discréditer le service public et de demander sa privatisation. Face à cette attaque digne d’un régime autoritaire, la gauche reste étrangement inerte.
Ainsi donc, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public reprend ses travaux. Le président Jérémie Patrier-Leitus a procédé à un recadrage en présence des membres du bureau avec l’objectif que les nouvelles auditions se déroulent « dans un cadre sérieux, digne et respectueux ». Ce qui semble signifier, à tout le moins, que ce n’était pas le cas auparavant.
Effectivement, la façon dont le rapporteur ciottiste Charles Alloncle a mené ses interrogatoires a fait scandale, y compris parmi les membres de la commission : questions systématiquement agressives, jugements à l’emporte-pièce, utilisation simultanée des réseaux sociaux déformant les propos tenus et tirant des conclusions partisanes, etc. L’agressivité du rapporteur a nécessité des mises au point constantes du président de la commission : cette séquence, indigne de la représentation nationale, ressemblait plus à un tribunal dont le procureur cherchait à se mettre en valeur tout en malmenant les personnalités auditionnées, les présidentes Delphine Ernotte, Sibylle Veil, les journalistes Patrick Cohen ou Thomas Legrand notamment, dans un but de dénigrement systématique des médias publics.
Les précédents parlementaires et l’histoire du secteur
Ce n’est pas la première fois que le parlement enquête sur l’audiovisuel public. On se souvient de la commission Copé qui s’est tenue en octobre 2008, à la demande de Nicolas Sarkozy, nouveau président de la République, avec pour mission de réfléchir sur l’avenir du secteur public. Il en était sorti des recommandations utiles sur le financement, notamment la suppression progressive de la publicité à la télévision publique et le renforcement des missions de service public. La loi qui suivit (5 mars 2009), décida surtout que ce serait le président de la République qui nommerait les présidents de l’audiovisuel public, ce qui fit scandale — ce n’était pas prévu par la commission — et fut supprimé en 2013.
En réalité, l’audiovisuel a toujours fait l’objet de controverses politiques. Le monopole arrangeait bien la droite tant qu’elle était au pouvoir. En y mettant fin et en créant une Haute Autorité indépendante, chargée de nommer et de contrôler l’activité du secteur, Mitterrand a mis fin à la télévision Giscard et ouvert la porte à l’apparition des télévisions privées. Après avoir gagné les élections législatives de 1986, la droite récupéra un levier d’influence grâce à la privatisation de TF1, au profit de Bouygues.
Une offensive politique contre le service public
Aujourd’hui, faute de pouvoir changer le système, la droite et l’extrême droite cherchent à le discréditer. D’abord en ne parlant plus du service public, de ses missions, informer, éduquer, distraire, mais en ne parlant que de l’audiovisuel public pour le stigmatiser. Ce glissement sémantique fait oublier que la télévision et la radio publique sont d’abord au service des citoyens, au service de l’intérêt général et garantissent le pluralisme et les grandes valeurs démocratiques. Partout où sévissent le totalitarisme et les régimes autoritaires, le service public est attaqué, que ce soit aux États-Unis de Trump, dans la Hongrie d’Orban, ou l’Italie de Meloni. Et dans beaucoup d’autres pays.
Logique avec sa prise de contrôle du pouvoir culturel, l’extrême-droite, dont fait partie le rapporteur d’aujourd’hui, veut privatiser ou réduire au silence le service public. Que le parlement enquête et suive l’activité des médias publics est légitime. Qu’ils les discréditent par des écoutes sauvages, par des menaces ou insultes, des falsifications de la vérité rappelle les temps obscurs de la naissance des fascismes et fait augurer le pire de la part de ceux qui, dans cette mouvance, aspirent au pouvoir.
L’indifférence dans laquelle se déroulent ces attaques est glaçante et irresponsable. Quelle personnalité de gauche s’est insurgée violemment pour défendre le service public ? Où sont ses avocats, tel Mitterrand autrefois, pour mener la charge contre ce dévoiement des procédures parlementaires, contre ces fourriers d’un ordre nouveau totalitaire ? Il est grand temps d’en prendre conscience, de le dénoncer politiquement, haut et fort, et de combattre pour empêcher cette menace mortelle pour notre démocratie.



