Automobile : la Chine écrase l’Europe
Il est de ces constats douloureux : une usine automobile chinoise peut produire à elle seule plus que la France entière. En voyage officiel en Chine, Emmanuel Macron abordera le sujet avec Xi Jinping. Avec des espoirs limités…
De véritables coups de massue ! Lorsque l’on considère la poussée de l’industrie automobile chinoise comparée à la production européenne, le choc est brutal. L’an dernier, les usines chinoises ont eu à leur actif plus de 35% de la production mondiale, quand la totalité des fabrications européennes pèse désormais moins de 20%, selon les statistiques de l’Association des constructeurs européens (ACEA). En quinze ans, le poids de la Chine a doublé alors que la production européenne a fondu du tiers. Symbole de cet écart grandissant : le constructeur chinois BYD, auteur d’une entrée fracassante dans l’automobile électrique, s’est doté d’une usine à Zhengzhou capable de produire jusqu’à 1,5 million de voitures par an … quand la France a seulement pu fabriquer 1,34 million d’unités toutes motorisations confondues en 2024. Une seule usine chinoise peut ainsi produire plus que la France ! Voilà de quoi alimenter les échanges entre les présidents des deux pays à l’occasion du voyage officiel d’Emmanuel Macron.
L’Allemagne fragilisée par le retournement du marché chinois
La déroute de l’automobile européenne n’est pas isolée. Le Japon, star de la deuxième moitié du XXe siècle dans ce secteur, a subi un recul de production de plus de 8% l’an dernier, et la Corée du Sud n’est pas épargnée. Mais pour un pays comme l’Allemagne, la déconvenue est encore plus douloureuse que pour la France. Car si les marques françaises délocalisent depuis déjà longtemps une grande partie de leur production (les trois quarts aujourd’hui), l’Allemagne a toujours entretenu une industrie automobile puissante, exportatrice, fournissant plus de 870 000 emplois directs (soit quatre fois plus qu’en France). En Chine, les marques allemandes tenaient d’ailleurs le haut du pavé, aussi bien sur le segment des véhicules de luxe avec Porsche, Mercedes, Audi ou BMW, que dans la gamme moyenne avec Volkswagen, qui fut longtemps la première marque représentée dans le pays.
Mais le marché s’est retourné. D’abord, les automobilistes chinois se sont convertis à la propulsion électrique qui représente aujourd’hui plus de la moitié du marché. Conséquence : Volkswagen est maintenant distancé par BYD. Les constructeurs chinois ont dans le même temps appris à concevoir des véhicules haut de gamme, qui soutiennent la comparaison avec leurs concurrentes allemandes à des prix plus compétitifs. Aussi, les ventes des marques allemandes s’effondrent en valeur, reculant de 44% sur neuf mois cette année. Ce qui pénalise les exportations allemandes et se répercute sur la situation économique du pays, qui a connu deux années successives de récession et devrait tout juste parvenir à une stabilisation en 2025.
Entre règles européennes et perte de compétitivité
Nul ne peut contester que l’industrie automobile européenne « est en danger de mort », selon Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne. Surtout au moment où l’un des membres de l’UE, la Hongrie, accueille des marques chinoises pour les aider à contourner les restrictions à l’importation. Mais face à la bronca des constructeurs européens, notamment allemands, qui réclament à la Commission de surseoir à l’échéance de 2035 pour interdire la vente dans l’UE de véhicules neufs thermiques, le député européen Pascal Canfin remet les pendules à l’heure dans une tribune au Monde : « Si notre industrie automobile souffre, c’est d’abord à cause d’un marché intérieur en décroissance et d’une perte de compétitivité à l’export, notamment en Chine qui est devenue de très loin le premier marché automobile du monde ». L’automobile européenne exporte moins et elle en paie le prix, surtout en Allemagne.
Il existe en outre des problèmes endogènes en Europe qui expliquent la baisse des ventes, comme une augmentation des prix des voitures de 40% en moyenne en six ans, estime l’eurodéputé. La politique de Donald Trump sur les importations américaines pousse aussi des marques comme Mercedes ou BMW à investir outre-Atlantique, contribuant au recul de la production sur le sol allemand.
Les constructeurs européens traînaient les pieds pour passer à l’électrique. Les voilà débordés par la Chine, et contraints de nouer des partenariats avec des industriels chinois pour pouvoir produire des batteries en quantités suffisantes pour équiper leurs véhicules.
L’élève a décidément dépassé le maître.



