Balle tragique à Utah Valley
Aussi choquant que symptomatique, l’assassinat d’un influenceur trumpiste est la conséquence directe du développement de la violence politique aux États-Unis depuis des années, phénomène que Trump ne fait rien pour endiguer.
L’influenceur conservateur Charlie Kirk, proche de Trump, a été tué d’un coup de fusil lors d’un rassemblement à l’Université de l’Utah mercredi 10 septembre. Ironie tragique : il était un fervent avocat de la vente libre des armes à feu, dont le nombre se monte à 400 millions, soit plus que le nombre d’habitants que compte le pays.…
En juin dernier, deux élus démocrates du Minnesota étaient abattus, également par arme à feu. En 2024, Trump a été victime de deux tentatives d’assassinat lors de la campagne. Sans oublier l’attaque au marteau contre le mari de Nancy Pelosi, l’ancienne présidente de la Chambre des Représentants en octobre 2022, ou la tentative de kidnapping avortée de la gouverneure du Michigan en 2020.
Cette violence omniprésente est un signe majeur du dérèglement de la démocratie américaine, avec la mise à mal des contrepouvoirs, le complotisme ou le rejet de la science. Cette crise de la démocratie, d’ampleur mondiale, touche de manière aiguë les États-Unis, avec des conséquences d’autant plus graves que le port d’armes y est sanctuarisé. Le 2ème amendement, érigé en totem par les conservateurs, empêche tout embryon de réforme sur ce thème.
En avril 2023, Charlie Kirk disait que « les morts par armes à feu étaient le prix malheureux à payer pour le respect de ce deuxième amendement ». L’ironie terrible de cette déclaration souligne l’absurdité et même la folie de la situation américaine sur le sujet des armes à feu, avec cet assassinat politique survenu le même jour qu’une nouvelle fusillade dans un lycée du Colorado.
Selon toute vraisemblance, ce contexte de tension ne suffira pas à insuffler une prise de conscience pourtant nécessaire au sein de la classe politique américaine. Ce drame débouchera plutôt sur une instrumentalisation de la part Trump, soucieux d’achever sa reprise en main autoritaire du pays avec une chasse aux « anarchistes » et aux « fauteurs de trouble ». Des expéditions punitives contre des démocrates ou des associations progressistes par des individus d’extrême-droite chauffés à blanc sont aussi à craindre. De quoi entretenir la crainte d’une guerre civile que ne nombreux observateurs redoutent outre-Atlantique. « E pluribus unum », « De la diversité naît l’unité » : rarement cette devise des États-Unis aura paru aussi éloignée de la réalité sociale et politique du pays.



