Bayrou exécute Vannier
La stratégie très offensive du Premier ministre démonte les accusations portées contre lui par Paul Vannier qu’il accuse de manipuler la vérité à des fins de scandale. Bayrou s’exonère, lui, de toute faute ou mensonge et sauve sa peau.
« Je le jure ». Quel happening ! Dans l’histoire de la Vème République jamais une joute diffusée auprès du grand public n’avait été aussi dense, intense, passionnante. Très ému, les mains tremblantes qui tripotent des post-it jaunes entre ses doigts, François Bayrou entre sur scène comme un taureau dans l’arène, blessé depuis des mois par les piques des picadors et décidé à se battre jusqu’à la victoire tant il s’agit pour lui, outre son honneur, d’une question de vie ou de mort politique.
Quelle déculottée ! Suivant l’adage selon lequel la meilleure défense c’est l’attaque, François Bayrou qui témoigne sous serment démonte pendant cinq heures les uns après les autres les arguments développés contre lui par la Commission d’enquête parlementaire sur Betharram. Sa cible ? Paul Vannier, le co-rapporteur Insoumis de la commission, qu’il accuse d’être au cœur des quatre mois d’invectives qu’il a dû subir. Tout au long de son audition, François Bayrou brandit ses arguments, et ne varie pas d’un iota. « Celui qui ment le 11 février 2025, c’est vous M. Vannier », assène-t-il d’emblée dénonçant une méthode où le député Insoumis aurait la fâcheuse habitude d’interpréter à sa sauce les réponses des auditionnés. « Vous poussez les interrogés à des affirmations qui ne sont pas les leurs. Cette méthode, je ne la laisserai pas s’exprimer contre moi. », assène-t-il. Avant de lancer à la présidente socialiste de Seine-Saint-Denis Fathia Kaoula Hachi : « cette commission n’est pas objective », et de dénoncer Paul Vannier : je vais démontrer la « manipulation dont vous êtes l’auteur ». Pour asseoir ses arguments, Bayrou va jusqu’à mettre en doute la transcription des dépositions et à dénoncer des compte-rendu fallacieux. « Je mets en cause ceux qui rédigent et ceux qui contrôlent », s’exclame-t-il.
Avec minutie, solidité et conviction, il campe sur sa position : il n’a jamais eu accès à aucune autre information que celles qu’il a lues dans la presse. Puis, il démonte une à une les contradictions du dossier constitué par la commission d’enquête parlementaire. Il détruit le témoignage de la lanceuse d’alerte Françoise Gullung, en prouvant qu’il ne tient pas la route. Il met en exergue les contradictions dans les déclarations entre le gendarme Alain Hontangs et le juge d’instruction Mirande. Il prouve enfin qu’il n’est en rien intervenu dans le dossier en produisant un courrier où c’est le procureur Laurent Le Mesle et non lui-même qui s’est immiscé dans la procédure lorsqu’Elisabeth Guigou était Garde des Sceaux, et lui dans l’opposition.
« Votre cible est politique, l’objectif est d’abattre ce gouvernement, puis le suivant, et le suivant encore », lance François Bayrou dès son introduction, conscient de l’importance de ce qui se joue pour lui ce jour-là. Dans le collimateur, on l’a compris, le travail mené par la commission parlementaire, que défend la corapporteuse Renaissance Violette Spillebout, qui revendique l’audition de 140 personnes. Un travail, dit-elle, destiné à révéler les failles du système de l’enseignement catholique qui n’a depuis trente ans pas fait l’objet d’un seul rapport de l’inspection générale de l’Education au niveau national, cette procédure étant réservée à 38 établissements publics.
Dès lors qu’il a fait voler en éclats la plupart des attaques lancées contre lui, le débat avec François Bayrou peut enfin s’apaiser et s’orienter sur le fond, à savoir comment protéger les enfants victimes de violences physiques et sexuelles. « J’ai été utile, comme cible pour décoincer le silence car je ne connais rien de pire, de plus abject que des adultes utilisant des enfants à des fins sexuelles ». Au fond de lui, François Bayrou sait qu’il a gagné. Ce n’est pas Bétharram qui l’obligera à démissionner.



