Bayrou : le chant du cygne

par Valérie Lecasble |  publié le 25/08/2025

Le 8 septembre, le Premier ministre sollicitera un vote de confiance à l’Assemblée sur l’urgence de rétablir les comptes de la France, faute de quoi son gouvernement tombera. LFI, le RN et le PS ayant annoncé qu’ils voteront contre, son sort paraît scellé.

Portrait de Francois Bayrou,le 25 Aout 2025, lors de la conférence de presse du premier ministre pour expliquer les dossiers de la rentrée politique, notamment le budget, dans un climat tendu après l'annonce du plan budgétaire et face à l'émergence du mouvement social du 10 septembre. (Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)

Quitte à sauter, ce sera dans l’honneur. Acculé par la conjonction des forces hostiles, François Bayrou se place soudain où on ne l’attendait pas. Certes avec panache mais dans une démarche quasi-suicidaire, il engagera la responsabilité de son gouvernement le 8 septembre et sollicitera un vote de confiance de l’Assemblée nationale à la suite du discours de politique générale qu’il prononcera ce jour-là.

Quelle mouche l’a piqué ? Sa démarche ressemble furieusement à celle de son idole Pierre Mendès-France qui avait, en février 1955, sollicité la confiance des députés sur la politique algérienne de la France et avait dû démissionner après avoir échoué. Bayrou, que les commentateurs avaient pris l’habitude d’accuser de vouloir gagner du temps, anticipe au contraire la probabilité de son départ, annoncé depuis qu’il a présenté les mesures de son budget mi-juillet. Ceci, avec l’assentiment d’Emmanuel Macron qui valide son recours à l’article 49-1 de la Constitution. Macron a-t-il piégé Bayrou en le laissant prendre cette décision comme le croient certains ? Le Président de la République souhaiterait changer de Premier ministre, qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

C’est que Bayrou peine à convaincre. Il est loin le temps où il se présentait comme un Premier ministre capable de rassembler. A peine a-t-il dit qu’il solliciterait la confiance que les extrêmes LFI et RN assurent à l’unisson qu’ils voteront contre. Marine Le Pen va jusqu’à menacer : « seule la dissolution permettra désormais aux français de prendre leur destin en mains ». Quant aux socialistes, ils viennent d’annoncer par la voix d’Olivier Faure qu’il n’était pas question pour eux de voter la confiance à ce gouvernement.

Le risque est la seule façon de faire prendre conscience aux Français de la gravité de la situation a scandé François Bayrou tout au long de sa conférence de presse où il a réclamé une clarification : « y a-t-il ou pas une urgence nationale à rééquilibrer nos comptes publics et à échapper à la malédiction du surendettement », convaincu que « sans cet accord minimal, on n’y arrivera pas ».

Enfermé tout l’été à Matignon où il a échangé avec une pléiade de spécialistes, François Bayrou ne veut en aucun cas déroger à la nécessité d’économiser 44 milliards sur un budget de 1700 milliards, pour ne pas, dit-il, laisser la dette abyssale de la France à nos enfants. Il s’est convaincu qu’il ne pouvait pas lâcher, par exemple sur les jours fériés, sans mettre en péril son objectif. Dans cette hypothèse, où trouver les quelques 4 milliards de manque à gagner ?

Plutôt que de discuter une à une chacune des mesures – ce qui viendrait dans un second temps – il a donc décidé de saucissonner les questions sur le budget, la première étant celle de l’impérieuse et grave nécessité de réduire la dette. Ainsi pousse-t-il les socialistes dans leurs retranchements. François Hollande vient de le redire sur France Inter, ils sont eux aussi convaincus de l’urgence qu’il y a à régler le surendettement de la France pour éviter une crise financière majeure comme en a connu la Grèce. Mais ils ne peuvent accepter que les plus riches échappent à l’effort général.

Pour ne pas démissionner, François Bayrou devrait convaincre 59 députés supplémentaires, en plus du socle commun, de lui voter la confiance. Tâche quasi impossible : c’est une chose de ne pas voter une motion de censure en laissant ainsi survivre une équipe, c’en est une autre d’accorder sa confiance à un Premier ministre alors qu’on est dans l’opposition. Quel socialiste serait prêt à afficher ainsi son soutien à une politique qu’il réprouve ?

Le porte-parole du PS Arthur Delaporte, confirme : « je crois que Bayrou est en train de préparer sa sortie. Il n’a rien fait pour sauver sa peau. Il s’est enfermé à Matignon avec son budget de pacotille. Et au cours de l’été, il n’a reçu ni Olivier Faure, ni Boris Vallaud, ni Patrick Kanner », soit les trois dirigeants qui négocient pour le budget pour le PS. « J’aurais du mal à voter la confiance à ce gouvernement qui ne cherche qu’à partir », conclut Delaporte. « Bayrou n’est pas mécontent de partir ainsi », renchérit un de ses proches. Quitte à plonger la France dans une nouvelle crise politique dont elle n’avait pas besoin.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique