Bercy perd la boule
Budget de l’Etat, de la Sécurité Sociale et des collectivités locales : les experts de Bercy, sous la pression des politiques, ont perdu le contrôle sur les finances publiques. De quoi inquiéter le FMI qui menace de mettre la France sous tutelle.
Les maîtres de Bercy ont-ils encore leur raison ? D’une prévision à l’autre, la réalité ne cesse de les démentir. Ces dérapages en cascade suggèrent de plus en plus une perte de contrôle sur les finances publiques. C’est ainsi que le déficit public culmine à 6 points de PIB en 2024 après 5,5 points en 2023 et 4,7 points en 2022. Une trajectoire hors de contrôle, qui fait de la France le mauvais élève de l’Europe. Seul le report de plusieurs mois du vote du budget 2025 a freiné la tendance ces derniers mois….
Malgré le travail fouillé d’une commission d’enquête parlementaire constituée pour comprendre comment de tels dérapages ont pu advenir, rien n’a filtré de ce qui c’était vraiment passé. Les explications sont disparates. En 2023, les recettes venues de l’impôt n’ont pas assez progressé. En 2024, c’est l’envolée des dépenses des collectivités locales (+7 milliards) et de la protection sociale (+5 milliards) qui sont incriminées, avec désormais une tendance préoccupante qui pourrait faire passer de 15 à 22 milliards d’euros le déficit de la Sécurité sociale l’an prochain avec la perspective d’une crise de liquidités en 2028. En clair, le plafond de la dette sociale atteint, les assurés risqueraient de ne plus être remboursés de leurs dépenses de santé.
Comment en est-on arrivé là ? La cinquième puissance du monde peut-elle se retrouver avec les caisses aussi vides qu’un pays sous-développé ? Impensable jusque-là, l’hypothèse d’une mise sous tutelle de la France par le Fonds Monétaire International (FMI) n’est plus taboue et est même envisagée à moyen ou long terme. En cause, le brouillard politique et économique qui empêche désormais le ministère de l’Économie de piloter les finances du pays de façon crédible et légitime auprès des acteurs financiers. Il ne reste au fond qu’un seul garde-fou solide : la Banque Centrale européenne (BCE) qui dispose des outils susceptibles d’éviter la panique sur les marchés financiers.
Pourtant lanceur d’alerte, Pierre Moscovici, ne croit pas à l’intervention du FMI. Mais pour éviter le pire, il appelle les responsables français à la vigilance. « Le Haut Conseil des Finances Publiques qui est rattaché à la Cour des Comptes devrait valider les prévisions du gouvernement en amont et proposer des recommandations de correction en aval sans toutefois que celles-ci soient obligatoires », assure le Président de la Cour des Comptes. Bras armé de la stratégie de l’Etat, la politique budgétaire de la France gagnerait enfin à faire l’objet d’un débat parlementaire, selon la coutume, plutôt que de laisser la censure a posteriori devenir la seule sanction démocratique.
Arc-boutés sur leurs prérogatives, les experts de Bercy, sous la pression des hommes politiques, font courir de graves dangers à la France. « On sait à présent que c’est la perte de contrôle qui a entraîné la dissolution. Quand il l’a décidée, Emmanuel Macron connaissait l’importance du dérapage des finances publiques qui allait nous conduire à un bug politique. L’équation budgétaire devenait impossible, ce qui nous a coûté une dissolution et deux gouvernements sans majorité », décrit un familier du pouvoir.
La vérité est que la perte de contrôle est ancienne. Contrairement à François Hollande qui a obéré son quinquennat en décrétant une augmentation de 100 milliards d’impôts pour réduire les déficits, Emmanuel Macron ne s’en est guère préoccupé et a poursuivi le « quoi qu’il en coûte » pendant les trois années post-Covid pour distribuer des cadeaux lors de sa campagne présidentielle de 2022 puis de la crise de l’énergie, ou encore pour préserver le pouvoir d’achat des français fragilisé par l’inflation. Avec des dépenses trop abondantes, et un fléchissement des recettes, la machine s’est enrayée. La consommation des Français est en berne : la croissance a été davantage tirée par l’exportation et les bénéfices des entreprises ont reculé, ce qui a comprimé les rentrées de la TVA et de l’impôt sur les sociétés sans que personne à Bercy ne s’en soucie vraiment.
Guère rassurant quand ce sont les mêmes qui doivent aujourd’hui trouver 40 milliards d’économies, le prix à payer pour rattraper leurs cinq années d’inepties au cours desquelles ils ont laissé plonger les finances de l’Etat.



