Bientôt la fin d’Orban ?
Les mobilisations sociales et politiques contre le régime en place en Hongrie ont longtemps buté sur l’absence de débouché politique crédible. Les derniers scandales conjugués à une opposition unifiée dessinent de nouvelles possibilités.
Il aura suffi d’une insupportable vidéo pour fragiliser le pouvoir absolu de Viktor Orban. Prise dans un centre éducatif fermé, censé protéger les enfants, elle a révolté l’opinion et enclenché une puissante mobilisation. On y aperçoit distinctement son directeur frapper la tête d’un jeune pensionnaire contre une table. Des sévices malheureusement répandus, dans des centres qui ont davantage à voir avec la conception des droits de l’homme à Moscou qu’avec les normes bruxelloises et qui ont provoqué des manifestations le week-end dernier, dans lesquelles l’opposition largement unifiée s’est engouffrée.
Scandales et protection de l’enfance
À quatre mois des législatives prévues en avril 2026, le leader de l’opposition Peter Magyar a opportunément rappelé le laisser-faire du pouvoir en place lorsqu’il s’agit de « protéger les enfants ». Rien n’est joué et le chef du Fidesz a souvent démontré sa capacité à déjouer les pronostics sur ces quinze dernières années, au cours desquelles il est parvenu à se maintenir au pouvoir. Officiellement garant des bonnes mœurs, obsédé par « la propagande LGBT+ », ses protégés à la tête de ces centres fermés multiplient les scandales et les violations élémentaires des droits de l’homme. Ainsi, le prédécesseur du bourreau accablé par cette vidéo est inextricablement rattrapé par la justice pour proxénétisme, trafic d’êtres humains et blanchiment d’argent. À l’instar du tout puissant clergé aux grandes heures du franquisme, les maltraitances et les faveurs sexuelles extirpées à des jeunes filles placées en foyer ont été protégées en haut lieu, selon le parquet.
Plus révélatrice encore, la réaction du pouvoir en place en dit long. Nulle question d’amende honorable, d’enquête administrative ou de dénonciation des crimes. Le porte-parole du gouvernement préférait rappeler les motifs des condamnations de ces enfants comme pour mieux dédouaner les exactions de ceux censés les protéger. C’est cet angle d’attaque qu’a choisi d’exploiter légitimement Peter Magyar, ancien haut fonctionnaire, ulcéré par une corruption généralisée, notamment dans le domaine de la protection de l’enfance et d’une police aux ordres.
Derrière cet épouvantable épisode, l’ensemble de l’édifice d’un parti-État aux mains du Fidesz apparaît à large échelle. Les postes d’encadrement du secteur public, octroyés selon la fidélité à Orban au détriment des compétences et des principes, sont révélés au grand jour. Déjà sanctionné par l’UE et financièrement pénalisé pour ses manquements aux droits humains gravés dans la charte européenne, Orban a tardivement concédé un problème, sans remettre en cause l’architecture de ses services. Et pour cause, en Hongrie, le ministère de l’Éducation est de façade puisque sa tutelle relève du ministère de l’Intérieur.
Une opposition unifiée à l’approche du vote
Tête de pont avancée du trumpisme et de l’impérialisme russe contre les intérêts européens, le Premier ministre hongrois est longtemps apparu comme indéboulonnable. Si l’on excepte la restriction des libertés publiques, au premier rang desquels celle de la presse, son nationalisme catholique et son corollaire rétrograde en matière sociale ont longtemps trouvé une base sociale vieillissante, marquée par les traumatismes de la dictature stalinienne. Jouant au chat et à la souris avec les institutions européennes, Orban a longtemps multiplié les outrances et les provocations en évitant les cartons rouges jusqu’à un passé récent. Les mobilisations actuelles, l’usure du pouvoir et l’unification des oppositions derrière Peter Magyar entrouvrent la possibilité d’une victoire européenne au cœur de l’Europe centrale. Une contre-tendance attendue d’autant qu’elle signerait une défaite de Trump et de Poutine. Comme le dicton hongrois le rappelle : « Beaucoup d’oies vainquent le cochon ».



