Bienvenue chez les flics

par Alfred de Montesquiou |  publié le 19/07/2025

Un journaliste se glisse à l’intérieur du commissariat de Roubaix, pour raconter le quotidien des policiers face à la misère sociale. Une BD de terrain.

"Anatomie d’un commissariat", de Mikael Corre et Bouqué, Bayard Graphics

Comment se déroule une garde à vue ? Dans quel état sont les geôles des personnes arrêtées en état d’ivresse ? Que peut la police contre le trafic de drogue ? Voilà le genre de questions qu’adresse cette Anatomie d’un commissariat. Dans un contexte où la police cristallise les tensions sociales, l’enquête illustrée propose un regard nuancé sur ce qui se joue au poste. Signée par Mikaël Corre, journaliste à La Croix et dessinée par Bouqué, cette bande dessinée documentaire s’inscrit dans une tradition du reportage graphique exigeant, plus proche de l’enquête de terrain que du récit romancé.

Durant près d’un an, Corre a partagé le quotidien des agents du commissariat de Roubaix, observant sans filtre les rouages du quotidiens dans les différents métiers de la police, les patrouilles, les rapports, la taule, etc. Ce qu’il en rapporte n’est ni un plaidoyer ni un réquisitoire, mais un constat lucide : la police est une interface entre les failles d’une société en crise et ceux qui les incarnent. Chaque jour, les flics font face à la misère, aux conflits familiaux, aux détresses psychiques. Et derrière l’uniforme, il y a des femmes et des hommes, parfois fatigués et désabusés, en prise avec leurs propres contradictions.

Le dessin de Bouqué, tout en noir et blanc, accentue cette impression de réalisme brut. Son trait sobre, presque austère, capte l’atmosphère des lieux: les gestes mécaniques, les regards figés, certains silences. On sent l’impuissance des policiers en patrouille face aux dealers qui tiennent les coins de rue, employant des mineurs pour transporter la drogue à leur place, avec des cachettes dans une cour de récré de maternelle, ou chez des vieillards qui servent de « nourrices ». Refusant tout effet spectaculaire, le duo offre une vision immersive et pudique de ce microcosme policier.

À l’heure où les débats autour de la police et de la criminalité se durcissent, notamment sur les plateaux télé, ce récit tout en nuance fait œuvre de pédagogie citoyenne, donnant à voir ce que les caméras ne montrent pas. 

Anatomie d’un commissariat, de Mikael Corre et Bouqué, Bayard Graphics, 128 pages, 23€. 

Alfred de Montesquiou