Billy the Kid, illustre inconnu

par Thierry Gandillot |  publié le 11/02/2026

Peut-être le bandit de l’Ouest américain le plus célèbre, le jeune Billy est aussi le plus mal connu. Éric Vuillard part à sa recherche avec la sagacité et l’humour distancié qu’on lui connaît.

L’écrivain et réalisateur français Éric Vuillard. (Photo 2023 Albert Llop / NurPhoto via AFP) - Couverture du livre Les orphelins « Une histoire de Billy the Kid », paru le 28 janvier 2026 chez ACTES SUD

Billy the Kid est une énigme et une légende. De lui, on ne sait rien ou presque. Est-il né à Manhattan ou à Brooklyn ? Le 23 novembre 1859 ou le 17 décembre ? « Sa mère, Catherine, et son mari, si elle en avait un, étaient irlandais, sans doute venus pour fuir la famine, et il se peut que Catherine et son époux, qui s’appelait supposément Patrick, aient vécu au 210 Green Street » (à moins que ce ne fût dans Allen Street, ce qui le ferait naître le 20 novembre).

Une légende aux origines incertaines

Se prénommait-il William ou Henry ? Et son nom ? S’appelait-il McCarthy comme sa mère – ou son père ? –, Antrim comme son beau-père ? Ou Boney, le nom sous lequel il était connu à sa mort, lorsque le shérif Pat Garrett parvint à le coincer et lui loger une balle – ou plusieurs – dans le corps ?

Billy commet son premier meurtre à 17 ans. Mais, là encore, il y a beaucoup à dire. Et Éric Vuillard, prix Goncourt 2017 (« L’Ordre du jour »), remet les choses à l’endroit avec la sagacité et l’humour distancié qu’on lui connaît. Plutôt que d’un meurtre de sang-froid commis par un tueur professionnel sur la personne d’un honnête forgeron désarmé, il s’agirait plutôt d’un acte de légitime défense.

Car la victime, Frank P. Cahill, un militaire aguerri, massacreur d’Indiens, de quinze ans plus âgé que le Kid et rompu au combat, n’avait cessé depuis quelques jours de harceler le môme, jusqu’à ce qu’il se mette à le tabasser sévèrement dans le saloon de Camp Grant. À moitié étouffé, écrasé par la masse du forgeron, le Kid parvint à se saisir de son arme et à lui tirer dans l’abdomen. Mais Cahill était-il seulement forgeron ? Ou souteneur dans le bordel tenu par le juge de paix, celui-là même qui reçut sa déposition, laquelle disait : « Je l’ai traité de maquereau, il m’a traité de fils de pute ».

Banditisme, guerre de Lincoln et capitalisme américain

À partir de là, le Kid prend le maquis, multiplie les petits coups de main minables, vole des barriques de beurre, quelques chevaux ou des vaches, cambriole une blanchisserie – misérables rapines. Il fuit l’Arizona pour le Nouveau-Mexique, rejoint des bandes de jeunes malfrats de son acabit qui sillonnent le désert en quête de mauvais coups. Ils se mettent aussi à la solde de propriétaires qui utilisent ces mercenaires à peine pubères pour s’approprier de nouvelles terres.

À ce titre, Billy participe à la guerre dite du comté de Lincoln et à la bataille de Blazer’s Mill, qui, de bataille, n’a que le nom – en fait une grosse échauffourée. Supplétifs morveux de notables qui tenteront par la suite de se faire une virginité juridique après avoir spolié les terres, trafiqué de l’alcool ou tenu des bordels, ils sont toujours aussi pauvres, pourchassés par des shérifs fraîchement nommés au passé trouble…

Bref, Éric Vuillard raconte à travers la figure de Billy the Kid la mise en ordre de marche du capitalisme américain. Les journaux bon marché, toujours en quête de sensationnel, vont s’emparer des légendes qui circulent et s’enflamment autour de ce desperado « mort bien avant Rimbaud, plus jeune de Büchner, plus jeune que tout le monde ». Il avait 21 ans.

Éric Vuillard, Les Orphelins, Actes Sud, 163 pages, 20,90 euros

Thierry Gandillot

Chroniqueur cinéma culture