Bohringer, Autain, les filles courage

par Jérôme Clément |  publié le 20/12/2025

En cette fin d’année, voici un film, un vrai, qui va vous remuer : Dites-lui que je l’aime, qui conte les destins parallèles de Romane Bohringer et Clémentine Autain.

La femme politique, écrivain et actrice Clémentine Autain (à droite) et la réalisatrice, scénariste et actrice Romane Bohringer, lors de la 78e édition du Festival de Cannes, pour le film « Dites-lui que je l'aime », le 19 mai 2025. (Photo Bertrand Guay / AFP)

Déjà, le titre interpelle : oui, bien sûr, dire à quelqu’un qu’on l’aime, dans le monde de cette fin d’année 2025, on voudrait tellement l’entendre – et le dire plus souvent… Au départ, c’est le titre d’un livre de Clémentine Autain, députée depuis 2017, que nous connaissons davantage par ses prises de position politiques, à l’extrême-gauche, fondatrice du groupe «L’Après », qu’elle a créé après avoir quitté LFI en 2024.

Un livre de Clémentine Autain à l’origine

Cette militante est aussi la fille de la comédienne Dominique Laffin, qui s’est suicidée en 1985, et d’une famille paternelle qui compte beaucoup d’hommes politiques, de l’extrême droite par son grand-père à la gauche socialiste par son oncle, ministre sous François Mitterrand, et à l’extrême gauche par son père, acteur et chanteur également. Clémentine Autain est aussi chanteuse, comédienne, scénariste et écrivaine. Dans son livre, au titre éponyme, elle part à la recherche de sa mère, actrice connue, partenaire notamment de Gérard Depardieu et de Miou-Miou, dans un film de Claude Miller, déjà intitulé « Dites-lui que je l’aime », adapté du roman de Patricia Highsmith, « Ce mal étrange » (1960).

Deux destins croisés, deux drames intimes

C’est en lisant son livre que Romane Bohringer a eu l’idée de réaliser son film, sorti le 3 décembre dernier, elle dont la mère s’est également suicidée, alors qu’elle avait le même âge que Clémentine, qu’elle connaissait et avec qui elle avait déjà tourné une série, « L’amour flou » en 2018. Elle lui propose de raconter leurs histoires croisées. Il naît de cette rencontre un film étonnant dans lequel chacune des deux femmes joue son propre rôle à la recherche de leur passé et de l’enchaînement des circonstances qui ont abouti à ces drames qui les ont profondément marquées.

Un récit porté par Romane Bohringer

On les voit, avec ces mères si belles, si jeunes et si tourmentées, bribes de films de l’époque de leur enfance, mères incapables d’assumer leur existence et pourtant attachées viscéralement à leurs filles qui cherchent toujours, quarante ans plus tard, à comprendre ce qui s’est passé et comment elles en sont arrivées là. Romane Bohringer conduit magistralement son récit, nous ouvrant les portes de sa vie la plus intime, avec une sincérité et une simplicité plus qu’émouvante.

Elle-même, devenue mère, accompagne son fils et interroge son père, le comédien Richard Bohringer, que l’on voit, jeune, dans des films de vacances et qui fait une intervention d’une grande sensibilité, avec cette voix rauque si caractéristique de son talent d’acteur. On ressort ému et pensif en réfléchissant à ces femmes courageuses : toutes les deux ont trouvé leur chemin et réussi dans la vie après bien des épreuves, deux destins de femmes d’aujourd’hui qui se montrent telles qu’elles sont avec leurs faiblesses, leurs blessures non refermées qu’elles mettent à nu avec délicatesse.

Jérôme Clément

Editorialiste culture