Bordeaux : les écologistes en sursis
L’écologiste Pierre Hurmic est en grand danger face au député Renaissance Thomas Cazenave. La ville de Jacques Chaban-Delmas et d’Alain Juppé reviendra-t-elle à ses anciennes amours, un centre-droit tranquille, rassurant la bourgeoisie bordelaise ?
Pierre Hurmic n’appartient pas à ces Verts décroissants, LFI-compatibles, comme il en fleurit dans bon nombre de métropoles. À la tête d’une alliance classique de la gauche de gouvernement, il pâtit d’un bilan en demi-teinte et de dérapages répétés en matière de communication. Promouvant la troisième ville de France par son attractivité, il ne parvient pas à faire oublier ses erreurs de débutants, dont l’arbre de Noël en verre, resté dans les mémoires girondines.
Dans une ville qui s’est transformée à travers un plan de circulation qui réduit l’empreinte de la voiture et fait la place aux transports en commun, la fracture sociale et territoriale n’est pas moins forte que du temps de la toute-puissance de la droite gaulliste. Pensez donc, l’élection de Pierre Hurmic, personnalité peu médiatique et charismatique, incarnait la première alternance depuis… 1947.
Cazenave en bonne place pour l’emporter
Thomas Cazenave, candidat de Renaissance, compte bien faire la démonstration qu’il s’agissait d’une erreur, à la faveur d’un scrutin à faible participation dans un « moment vert », et dans le contexte exceptionnel d’une pandémie. C’est effectivement possible, d’autant que la droite et le centre n’attendent pas le second tour pour faire alliance et proposer une alternative cohérente et rassurante fiscalement, dans une ville gagnée par la gentrification, à deux heures de Paris grâce au TGV. Renaissance, Horizons, UDI, tous se tiennent la main dans un territoire où les populistes des deux rives demeuraient, jusqu’à un passé récent, discrets.
Mais les gilets jaunes sont passés par là, la radicalité du vide aussi. Les nationalistes n’y percent pas comme à Marseille, faute d’une figure de proue consensuelle et populaire. Le RN musclé est incarné par Julie Rechagneux, eurodéputée rattrapée par un groupe Facebook contenant des publications antisémites et racistes. En cohérence, pour celle qui a rejoint le « Front » dès ses 17 ans et considère Charlie Kirk comme une source « d’inspiration ». Les identitaires de Zemmour, Knafo et consorts présentent Virginie Bontjoux Tournay, dont on ignore tout ou presque.
L’extrême-gauche émiettée
De l’autre côté du spectre, les queues de comètes de l’extrême gauche défaite, issue du XXe siècle, réalisent l’exploit de présenter quatre listes. LFI sera représentée par Nordine Raymond, cuisinier de 34 ans, issu de la liste Poutou de 2020. Si l’on s’insurgera avec d’autres face au déchaînement d’ignominies racistes que ce candidat a reçues, l’insoumis de l’étape présente une déclinaison du programme national de Jean-Luc Mélenchon, qu’importe le réel et les spécificités locales tant qu’il s’agit d’affaiblir la gauche de gouvernement. Dans la famille « trois gauchistes, deux scissions », sont également présents Philippe Poutou, Petra Bernus, Fanny Quandalle et Esteban Nadal. L’ex-candidat à la présidentielle du NPA, ancien ouvrier de l’automobile chez Ford, et désormais libraire, conduira la liste du canal historique, quand Petra Bernus conduira la liste de Révolution permanente, scission 1, avant celle de « NPA révolutionnaires » — scission 2 — et l’inamovible candidate de Lutte Ouvrière, employée des postes.
Émoussé par une stratégie écologiste illisible à l’échelle nationale, balloté par des vents contraires, réduisant son électorat comme une peau de chagrin, Hurmic semble effectivement affaibli avant d’affronter le dernier virage face à une droite « classique » qui tient la corde. D’autant qu’elle pourra bonifier son premier tour avec les voix de Philippe Dessertine, candidat indépendant, économiste et universitaire, en tous points compatible avec Thomas Cazenave. À Bordeaux, la Garonne finit toujours par rentrer dans son lit.



