Boris Vallaud : le pacte des dupes
En restant « autonome », le patron du groupe socialiste à l’Assemblée, fait en réalité le jeu d’Olivier Faure à qui il offre son renouvellement sur un plateau, tout en lui coupant les ailes pour l’empêcher de gouverner seul.
A 20h11, le vendredi soir du pont de l’Ascension, comme en catimini, a été publié le communiqué de presse d’Unir, le courant de Boris Vallaud, pour annoncer, comme on s’y attendait, qu’entre Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol, il ne choisira pas. Ce sera aux 4 000 militants qu’il revendique, soit les 17,41 % qu’il a recueillis lors du vote pour le Congrès du Parti socialiste, de se prononcer à leur guise pour leur héros, l’actuel premier secrétaire Olivier Faure ou bien Nicolas Mayer-Rossignol qui veut le détrôner.
Boris Vallaud énonce sa stratégie : éviter la logique de bloc contre bloc qui empoisonne la vie du parti socialiste depuis le Congrès de Marseille et divise ceux qui comme Faure avaient choisi l’alliance avec les Insoumis, et les autres qui la rejettent. Désormais, affirme-t-il, aucun des deux camps ne pourra plus rien décider sans lui puisqu’avec 17,41 %, il empêche les deux autres de détenir seul la majorité absolue. A l’en croire, cette impossibilité de gouverner seul mènera vers « la réconciliation des socialistes » qui devront décider ensemble, grâce au « pacte de gouvernance » qu’il propose à celui qui deviendra premier secrétaire, puis à l’ouverture de la direction nationale aux minorités.
Boris Vallaud est le seul vainqueur du 81ème Congrès du Parti socialiste. En s’arrogeant une minorité de blocage dans toutes ses instances, il prend la tête d’un courant incontournable avec lequel chacun devra compter. Sous couvert d’union et de réconciliation, il fait pencher la balance… en sa faveur.
Mais en refusant de choisir, le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale sait bien qu’il choisit … Olivier Faure. Depuis l’élection de celui-ci comme Premier secrétaire il y a sept ans, les deux hommes s’entendent comme larrons en foire. Membres du même courant, ils ont mené ensemble la stratégie dite d’union de la gauche qui a consisté à laisser le champ de plus en plus libre aux Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Des deux, c’était d’ailleurs sans doute Boris Vallaud le plus sincère, lui qui aime défendre, souvent avec brio, les idées de la gauche radicale. Pour la prochaine présidentielle, il évoque, tout comme Olivier Faure, une place centrale dans une campagne commune de la gauche qui ira « de Glucksmann à Ruffin ». Tout juste inverse-t-il l’ordre que propose Faure « de Ruffin à Glucksmann » mais il n’évoque plus la nécessité que figure une candidature sociale-démocrate, qui était pourtant au cœur du projet initial de sa motion.
Boris Vallaud aurait pu être élu lui-même premier Secrétaire du Parti socialiste. Il aurait suffi qu’il accepte d’être le premier signataire des opposants à Olivier Faure, ce qui lui a été proposé et qu’il a décliné, il avait toutes les chances de gagner. Je ne couperai pas la tête d’Olivier Faure, a-t-il répété pendant ces deux derniers mois. Boris Vallaud a du talent, il écrit et parle bien, il a été secrétaire général adjoint de l’Élysée sous François Hollande, il était las de travailler tant pour si peu de reconnaissance. Avec son score de 17,47 %, il a gagné sa place au soleil… sans assumer de changer la stratégie du parti.
Qui pouvait croire qu’après avoir refusé de prendre la tête des opposants, Boris Vallaud se rallierait à eux ? Voilà Nicolas Mayer-Rossignol condamné à compter sur un regain de mobilisation des militants pour espérer l’emporter : ils ont été 23 000 à voter sur un potentiel de 39 815 adhérents. A Paris, en Ile de France, en Occitanie, dans le Nord où les opposants ont recueilli de bons scores, seuls 50 à 65 % des militants se sont rendus aux urnes. A eux aujourd’hui de convaincre leurs camarades de les imiter.
La tâche n’est pas aisée. Avec 40,38% des suffrages reconnus par la commission de recollement, Nicolas Mayer-Rossignol arrive derrière Olivier Faure qui en recueille 42,21%. Quant aux 4 000 votes de Boris Vallaud, ils sont réputés plus proches du Premier secrétaire même s’ils ont décidé de s’en démarquer il y a peu. Au final, c’est un Parti socialiste à la direction affaiblie qui sortira de ce Congrès. Espérons qu’après la bataille, Boris Vallaud dise vrai et qu’une réconciliation se profile sur la ligne que tous affirment aujourd’hui : une rupture claire et nette avec les Insoumis.
On ne demande qu’à y croire.



