Bram : Glucksmann émerge

par Boris Enet |  publié le 28/09/2025

Organisée par la présidente d’Occitanie Carole Delga, la cinquième édition des rencontres de la gauche, s’est imposée comme un rendez-vous incontournable des progressistes, où Raphaël Glucksmann a prononcé le discours le plus convaincant.

L'eurodéputé français Raphaël Glucksmann s'exprime lors des « Quatrièmes Rencontres de la Gauche », qu'elle organise à Bram, dans le sud-ouest de la France, le 28 septembre 2024. (Photo : IDRISS BIGOU-GILLES / AFP)

Loin de Paris, la présidente de région la mieux élue de France – elle aime le rappeler – compte des réussites incontestables à son actif. À une période où ce n’était pas encore à la mode, elle ne s’est jamais compromise de près ou de loin avec le populisme. Elle a bâti un lieu de débat respectueux qui, du PCF à Place Publique et jusqu’à plusieurs députés du groupe Liot, annonce une alternative nationale.

Tables rondes sur la réindustrialisation et le green deal européen, atelier sur les réussites du socialisme municipal, souveraineté alimentaire et crises climatiques, autant de sujets appréciés des militants, sympathisants et électeurs de gauche, irrigant le dialogue permanent entre acteurs politiques, militants de la société civile ou dirigeants syndicaux. De Philippe Martinez à Jean Pisani-Ferry et la fondation Jean Jaurès, la participation témoigne de cette reconnaissance.

Le volet politique a confirmé les inflexions du PS et réaffirmé les lignes de force internes à la gauche. Personne n’était venu pour se fâcher. Mais face aux postures de Marine Tondelier, la plénière consacrée à l’avenir de la gauche et de la France a suscité quelques escarmouches. Se définissant une nouvelle fois comme « écologiste et antifasciste », la cheffe du parti vert a récité le catéchisme de l’énième mouture du nouvel-ancien-nouveau-front populaire, sans emporter l’adhésion. Mieux : elle a plaidé pour des candidatures uniques de la gauche lors des prochaines échéances, alors que le matin même, à Montpellier, elle avait apporté son soutien au candidat EELV, contre le maire socialiste sortant M. Delafosse. Va comprendre, Charles…

En réponse, Raphaël Glucksmann, à la tribune, galvanisait la foule en rappelant au maire de Montpellier, présent au premier rang, que, malgré les coups bas et les calomnies, il serait bien son premier supporter. Dans la foulée, Guillaume Lacroix, président du PRG, a rappelé sous un tonnerre d’applaudissements que « face à la lepénisation des esprits, il ne fallait pas subir la mélenchonisation des méthodes ». Fermez le ban.

Entre ces deux discours inconciliables, Olivier Faure, enfin présent à Bram à l’invitation de la maîtresse des lieux, a réussi à concilier les contraires. Plus habile que par le passé, conscient du passif existant sur ces terres, le patron des socialistes a fait mieux que s’en sortir, allant jusqu’à rendre hommage au premier édile montpelliérain pour la politique menée, une reconnaissance impensable il y a encore quelques mois. Comme si la synthèse, rejetée au congrès dans un parti divisé, advenait enfin. À moins que cela ne soit un rapprochement inévitable, au moment où tous s’apprêtent à voter une nouvelle censure contre les arbitrages prévus par Sébastien Lecornu. Boris Vallaud était aux premières loges pour célébrer la noce.

Non décidément, cette édition ne ressemblait à aucune autre pour qui connaît la maison et la musique. La solennité du moment s’est manifestée à travers un hommage appuyé à Robert Badinter bientôt panthéonisé, prononcé par un Bernard Cazeneuve qui usait de sa plus belle plume pour honorer la mémoire d’une conscience de la gauche républicaine.

À l’applaudimètre, Raphaël Glucksmann, habitué des lieux et reçu autrement plus chaleureusement qu’à Blois, emportait les cœurs avec un discours empreint de gravité et d’espoir. Dominant ses interlocuteurs, il s’est posé en leader pour 2027. Son récit national n’est manifestement qu’en cours d’élaboration, mais il a démontré sa maîtrise en engageant le dialogue sur la dangerosité de l’heure avec Nils Schmid, député allemand du SPD. Dans les temps obscurs qui s’annoncent, la gauche démocratique ne peut se permettre de présenter un casting de débutants. Glucksmann y travaille et la foule réunie à Bram semblait le percevoir. Sur la grande scène du parc des Essars, il n’y avait qu’un seul présidentiable…

Boris Enet