Brouillard rose

par Laurent Joffrin |  publié le 28/05/2025

Le vote des militants socialistes n’a rien tranché. Deux lignes s’affrontent, mais aucune des deux ne l’emporte clairement. Sur le papier, la volonté de changement est majoritaire. Il est encore temps de la faire prévaloir, mais l’alchimie socialiste échappe aux lois arithmétiques.

Laurent Joffrin

Pour un profane, le résultat devrait être clair : avec environ 40% des voix, et donc 60% pour l’opposition, la direction sortante du PS est minoritaire et le désir de renouveau nettement exprimé. Mais pour les initiés, l’affaire est autrement plus complexe.

L’opposition interne, en effet, se divise en deux : 40% environ pour le texte de Nicolas Mayer-Rossignol, un peu moins de 20% pour celui de Boris Vallaud. Or on ne sait si les partisans du second veulent ou non rompre avec la direction actuelle. Selon le rituel socialiste, de tortueuses tractations de coulisses doivent en décider, mais on ne sait ce qui en sortira, d’autant que les militants ne suivent pas toujours les mots d’ordre de leurs leaders supposés…

L’enjeu ? D’un côté une volonté de changement affirmée et la priorité donnée à la rénovation du parti et à son affirmation électorale. De l’autre la poursuite indéfinie d’une union de la gauche aux contours flous et au programme incertain, sauf à considérer que la plate-forme du défunt Nouveau Front Populaire, obsolète dès sa naissance, puisse servir de base à une candidature commune dont personne ne sait qui l’incarnera. Un mystère enveloppé d’une énigme.

Construire un projet autonome, ou bien s’embourber dans des négociations interminables et obscures autour d’une union de la gauche fantomatique, sachant que ni LFI, ni Raphaël Glucksmann, ne veulent d’une primaire : c’est le choix de l’heure. Quoique masqué par des circonvolutions byzantines, il engagera l’avenir de la gauche française, entre une stratégie de conquête du pouvoir et une candidature de témoignage qui satisfera les partisans de la « vraie gauche » sans espoir de victoire.

Au cours du scrutin d’hier, seuls 23 000 adhérents ont voté, sur un total de 39 000, signe de faiblesse s’il en est. L’importance de l’échéance peut-elle mobiliser les abstentionnistes pour la désignation du Premier secrétaire ? Les partisans de Boris Vallaud veulent-ils le changement ou la continuité ? Encore deux inconnues qui rendent le résultat final incertain. Rien n’est gagné, mais rien n’est perdu à ce jour. Il reste une semaine pour trancher. Les maigres troupes d’un parti affaibli tiennent entre leurs mains le sort du socialisme français.

Laurent Joffrin