Budget de la Sécu : la tentation du pire
Avant de voter ce mardi sur le volet dépenses du PLFSS, les députés de tous les partis doivent réfléchir – cinq minutes – aux conséquences probables d’un scrutin négatif.
Imaginons – rien d’invraisemblable dans cette hypothèse – que le volet dépense du projet de loi sur le financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), soit rejeté par l’Assemblée nationale. Aussitôt, on ouvre les bouteilles de champagne à LFI et au RN. Aussitôt, les hurleurs des deux extrêmes exigent la démission du Premier ministre. Aussitôt, ils s’appuient sur ce précédent pour réclamer à cor et à cri le rejet du budget de l’État. Aussitôt, la France se retrouve plongée dans une nouvelle crise politique, confuse, amère, incompréhensible à l’opinion et désastreuse pour la représentation parlementaire.
Affaibli, le Premier ministre aura toutes les peines du monde à rester en place. Un nouveau Premier ministre ? Il sera condamné à subir le même calvaire parlementaire pour faire passer un autre budget (mais lequel ?). Une dissolution ? Elle ne peut déboucher que sur deux situations : la victoire du RN, ou bien l’élection d’une nouvelle Assemblée sans majorité, laquelle devra recommencer à zéro un processus qui dure depuis deux mois sans solution.
Désavoué, le PS qui a joué le jeu et voté le PLFSS en échange de la suspension de la réforme des retraites, sera submergé par les insultes venues de ses anciens partenaires du NFP. Ainsi triompheront les zélotes de la gauche radicale, qui ne cessent d’attaquer leurs anciens alliés en espérant les discréditer auprès des électeurs, alors même qu’en dépit de leur propagande agressive et de leurs innombrables tentatives de mobiliser la rue, ils n’ont jamais été capables, à la différence du PS, d’obtenir la moindre concession sur le sujet.
Le plus ironique de l’affaire, c’est que l’éventuel échec, s’il survient, aura été provoqué, non par l’opposition socialiste, loyale et tenant sa parole, mais par la défection d’une partie des députés de l’ancienne majorité, qui auront jeté bas l’édifice péniblement édifié par l’un des leurs, Sébastien Lecornu, lequel ira rejoindre Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou au musée des Premier ministres d’un jour.
Tel est le scénario qui se dessinera si le vote de ce mardi s’avère négatif. Comme dans le film « Un Jour Sans Fin », la France sera condamnée à revivre pour la quatrième fois la même intrigue calamiteuse, avant de plonger dans un inconnu absurde et dangereux. Si bien que le message adressé aux trois composantes du « bloc central », dont dépend la décision, est d’une clarté limpide : s’ils veulent discréditer une fois pour toutes le parlementarisme, précipiter leur propre déconfiture électorale, donner un grand coup de pouce aux extrêmes, handicaper l’économie et jeter le pays dans une confusion supplémentaire, il leur suffit de baisser le pouce ce mardi, pour se retrouver, tel Gribouille, noyés dans l’eau froide pour avoir voulu éviter la pluie.



