Budget : des efforts, mais lesquels?

par Gilles Bridier |  publié le 28/08/2025

François Bayrou évoque des efforts partagés. Mais quelle répartition, entre les grandes fortunes jusqu’ici plus épargnées que les classes moyennes qui se sentent matraquées ? Un contexte idéal pour les extrêmes.

Francois Bayrou, Premier ministre, fait un discours devant le Medef pendant la réunion d'été des Entrepreneurs de France (REF) qui se tient au stade Roland-Garros, à Paris, le 28 août 2025. (Photo Serge Tenani / Hans Lucas via AFP)

Quels efforts face au mur de la dette ? Après la bronca de l’été déclenchée par l’hypothèse d’une suppression de deux jours fériés parmi les mesures évoquées le 15 juillet, François Bayrou tente de sortir du bricolage budgétaire pour trouver des économies sans nuire à la « cohésion du pays ». Son mantra ? Efforts partagés et justice sociale… Face au Medef, le Premier ministre est malgré tout resté dans le flou qu’il affectionne. Au moins a-t-il assuré qu’il ne toucherait pas à l’outil de travail, même s’il n’a pas caché que certaines contributions de l’Etat en faveur des entreprises pourraient être allégées. Mais comment parvenir à l’objectif de 44 milliards d’euros d’économies dans le budget 2026, pour ramener le déficit à 4,6% du PIB ?

Un tel montant n’est pas sans risque pour l’économie. « C’est massif et contreproductif, Cela amputera la croissance et pèsera sur l’investissement au point qu’on n’y arrivera pas », corrige Aurore Lalucq, coprésidente de Place Publique dans LeJournal.info. Des économies et de nouvelles recettes ? Oui, mais à raison de 25 milliards par an, estime-t-elle. Et en n’hésitant pas à ponctionner les plus hauts patrimoines, quitte à transgresser le dogme présidentiel (d’ailleurs non respecté) du gel de la fiscalité. Rappelons que les 500 plus grandes fortunes de France cumulent plus de 1200 milliards d’euros selon le magazine Challenges, en hausse de 5% en 2024 sur un an seulement, et de plus de… 800% sur vingt ans.

Aussi, le Premier ministre, espérant s’extraire de son siège éjectable, réhabilite-t-il du bout des lèvres le principe d’une « contribution de solidarité » qui toucherait les ménages aisés. La mesure avait disparu des éléments de langage du gouvernement alors qu’Amélie de Montchalin, aux Comptes publics, l’avait mentionnée dès le début d’année. Mais il est un peu tard pour se souvenir de cette disposition alors que le gouvernement n’a eu de cesse d’évacuer tout ce qui aurait pu ressembler à une taxe Zucman, bien que le principe en ait pourtant été voté à l’Assemblée nationale. Elle s’inscrirait, dans le partage des efforts, au même titre que la suppression de l’abattement de 10% (remplacé par une déduction forfaitaire) pour les retraités.

Matignon a aussi évoqué l’hypothèse d’une année blanche pour 2026, impliquant que les prestations, les retraites et les barèmes seraient gelés. Un effort qui concernerait toutes les catégories de Français et pourrait éviter une progression de 7 milliards d’euros des dépenses. Mais en vérité, elle pénaliserait plus lourdement les ménages les moins aisés.

Le gouvernement devrait poursuivre dans la volonté affirmée par Catherine Vautrin, ministre du travail et de la Santé, de durcir les conditions d’accès à l’assurance chômage et de tirer sur la couverture médicale, avec pour les seules dépenses de santé l’ambitieux objectif de parvenir à 5 milliards d’euros d’économies. Certes, la santé n’est pas gratuite et les soins ne peuvent être dispensés en « open bar ». Mais là encore, les assurés les plus modestes subiront plus durement les effets de ces mesures.

On peut aussi s’intéresser à la flat-tax qui plafonne la fiscalité sur les dividendes, ou à la taxe sur les rachats d’actions introduite l’an dernier mais dont le rendement serait actuellement limité à 200 millions d’euros par an. Or, ces rachats d’actions (qui sont une façon de redistribuer des bénéfices aux actionnaires) par les sociétés du CAC 40 se sont montés à 30 milliards d’euros en 2023, en plus des dividendes dont la distribution pour cette même année a dépassé 70 milliards. Cent milliards en tout! Ce ne serait pas pénaliser l’outil de travail que de revoir la fiscalité sur les sommes reversées aux actionnaires au moment où on demande à tous les Français de participer à l’effort collectif. Et, au passage, de remettre en cause la pratique « CumCum » qui permet aux actionnaires étrangers d’échapper à la fiscalité sur les actions qu’ils détiennent, comme le réclame le Sénat.

En revanche, pas question pour François Bayrou de ne pas honorer les remboursements des dettes contractées. C’est la solution poussée par Jean-Luc Mélenchon qui préconise de ne pas racheter à la BCE la part qu’elle possède de la dette publique française et qu’elle la garde dans ses coffres. Ce qui éviterait au Trésor d’aller se refinancer sur les marchés financiers à des taux moins avantageux pour racheter progressivement cette dette. Mais il s’agirait d’un fort mauvais signal adressé aux créanciers qui réclameraient des taux toujours plus élevés pour souscrire aux emprunts. Le remède serait pire que le mal. Tout comme la suspension de la contribution de Paris au budget européen préconisée par le Rassemblement national, qui exclurait la France des subventions européennes.

Gilles Bridier