Budget : l’arme secrète de la droite

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 27/05/2025

Pour rétablir les comptes publics, une idée fait son chemin : l’ « année blanche », pendant laquelle les prestations sociales ne seraient pas indexées sur l’inflation. Avec tous les risques que cela comporte…

François Bayrou et Amélie de Montchalin, ministre chargée des comptes publics, lors d'une conférence de presse, dans le cadre du comité d'alerte budgétaire, avec l'objectif de trouver 40 milliards d'euros d'économies pour 2026, à Paris, le 15 avril 2025. (Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)

« Le gel budgétaire fait partie des pistes à explorer », vient de recommander Gérard Larcher, président du Sénat. Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, n’exclut rien. La possibilité d’une « année blanche » se retrouve d’ailleurs dans un document de cadrage pour les discussions avec les collectivités locales en vue de les faire participer à l’effort financier national. A la recherche désespérée de 40 milliards d’économie, le gouvernement pourrait décider de proposer une technique déjà utilisée dans le passé : ne pas indexer cette année les allocations ou subventions qui le sont d’habitude automatiquement.

De quoi s’agit-il concrètement ? La mesure de désindexation pourrait toucher les retraites bien sûr, mais aussi les allocations logement, la prime d’activité, le RSA, les indemnités chômage, le SMIC, les aides aux familles, le salaire des fonctionnaires, les allocations adultes handicapés… ou tout autre versement par l’Etat soumis à revalorisation en fonction de l’inflation. Financièrement efficace, le procédé est politiquement explosif.

Il a néanmoins l’avantage d’être une mesure générale qui évite de couper ouvertement dans les subventions. Il omet seulement de les augmenter. Quand l’inflation est réduite à 1,4% comme aujourd’hui, l’effort demandé est évidemment moins douloureux que si la hausse des prix était plus élevée. Si la masse des prestations sociales (plus de 800 milliards) était touchée, au taux actuel d’inflation, cela rapporterait plus de 11 milliards. Mais on imagine déjà les reproches sur les atteintes aux plus précaires…

D’autres gouvernements ont utilisé la méthode, tout en limitant sa portée. En 2012, sous Nicolas Sarkozy, les allocations familiales et celles pour le logement ont été augmentées seulement de 1%, moitié moins que l’inflation. Sous François Hollande, le niveau des retraites a été figé en 2014. Sous Emmanuel Macron, Édouard Philippe a borné à 0,3% la hausse des pensions et des allocations. Personne n’a encore tout gelé complètement et en même temps. Si l’hypothèse est agitée plus ou moins officiellement, c’est pour préparer les esprits.

François Bayrou n’a encore rien décidé. Les mesures qu’il annoncera début juillet ne sont pas arbitrées. Mais la stratégie du gouvernement est de mettre tout sur la table. Les ballons d’essai se multiplient, à commencer par la TVA sociale. Une seule certitude : le financement du déficit ne doit pas peser sur les entreprises, pas plus que sur le travail. Avec le gel budgétaire (à ne pas confondre avec la non-augmentation des crédits de chaque ministère), on diminue légèrement le pouvoir d’achat sans augmenter les prix.

Cette voie n’est qu’une parmi d’autres, mais sera sans doute proposée par la droite sénatoriale. Larcher n’a pas parlé par hasard. Dans la majorité, ou ce qui en tient lieu, on a regardé avec intérêt certains sondages concernant les sujets sur lesquels les Français seraient prêts à réaliser des économies : les indemnités chômage et les allocations familiales. Peut-être parce qu’elles sont suspectées de bénéficier à des catégories critiquées, les chômeurs « tire au flanc » ou à les immigrés à famille nombreuse. Toutes les « allocs » ne seraient pas tabou.

Partielle ou totale, l’« année blanche » pourrait aider à boucler le budget. Elle aurait l’avantage, dit-on à Bercy, d’éviter les débats sur quelles coupes on privilégie, comme le choix cornélien entre l’hôpital et l’armée. Certains parlementaires imaginent déjà sortir cette botte secrète en CMP (commission mixte paritaire), à l’issue d’une discussion budgétaire non conclusive, ce qui sera manifestement le cas, vue l’opposition de la gauche à toute coupe qui impacterait les plus modestes.

Encore faudrait-il que le gouvernement tienne jusque-là. Un parfum de censure flotte à nouveau dans l’air. Quand François Bayrou aura dévoilé les grandes lignes de son plan de redressement des finances publiques, il est possible qu’au sortir de l’été, une majorité refuse d’entériner un sauvetage trop douloureux. Et mette fin à l’aventure du Béarnais. Remarque résignée d’un ministre « On fera nos propositions. Après, ça passe ou ça casse ». Suspense…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse