Budget : un jour sans fin

par Valérie Lecasble |  publié le 22/12/2025

Sébastien Lecornu s’est cru le plus fort. Cherchant un compromis sur le budget dont les députés porteraient la responsabilité, il a échoué à le faire adopter avant la fin de l’année. Rebelote donc en janvier, au milieu de l’exaspération générale.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, quittent le palais de l’Élysée après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 17 décembre 2025. (Photo Dimitar DILKOFF / AFP)

Ce sera donc une loi spéciale. Il aura fallu trois mois à Sébastien Lecornu pour se résoudre à reporter après les fêtes le vote du budget 2026. Trois mois pendant lesquels les députés ont étalé leurs divergences et à l’issue desquels les sénateurs ont scellé leur désaccord. Furieux des concessions accordées au Parti socialiste pour qu’il vote le budget de la Sécurité Sociale (PLFSS), ils ont juré qu’on ne les y reprendrait plus. En une petite demi-heure, la Commission Mixte Paritaire (CMP) qui réunit sept députés et sept sénateurs, s’est donc séparée sur un échec.

Résultat : Sébastien Lecornu, après un conseil des ministres, doit recourir à une loi spéciale, indispensable pour assurer la continuité de l’Etat, payer les salaires des fonctionnaires, les retraites et le service de la dette. Nous n’avons pas eu assez de temps, dit en substance Philippe Juvin, rapporteur du budget à l’Assemblée nationale, l’écart était encore de trois milliards. Une somme modeste qui peut être résorbée, répond Amélie de Montchalin, qui a fixé au 31 janvier au plus tard l’adoption du budget 2026, faute de quoi la France sauterait dans l’inconnu.

L’obstination de Lecornu

La faute à qui ? À l’obstination de Lecornu qui veut encore mettre les parlementaires devant leurs responsabilités. Si échec il devait y avoir, ce serait le leur et pas le sien. À eux donc de trouver le compromis. Mais pendant ces trois mois, la France s’est arrêtée. Ignorant à quelle sauce ils allaient être mangés, les chefs d’entreprise ont cessé d’investir, les DRH ont moins recruté et les épargnants ont épargné encore davantage alors que 2 000 milliards d’euros dorment déjà dans leurs bas de laine via l’assurance-vie.

La gauche ne veut pas réduire les dépenses parce que cela mettrait en danger les services publics et grèverait le pouvoir d’achat des Français ; la droite refuse d’augmenter les impôts parce qu’elle considère qu’ils en payent déjà trop : le dialogue de sourds s’est prolongé. A trois mois des élections municipales, les députés et sénateurs ont plus que jamais écouté la voix de leurs électeurs, incapables de faire le fameux pas l’un vers l’autre qu’Amélie de Montchalin leur réclame.

Iraient-ils pour autant jusqu’à censurer le gouvernement, une fois de plus ? Rien n’est moins sûr. Seuls le RN et LFI s’obstinent à faire tomber le gouvernement pour provoquer une dissolution. Les autres partis connaissent le risque politique et le coût économique d’une telle perspective.

Recours au 49-3

Il existe pourtant une martingale, ce n’est pas faute de le répéter : Sébastien Lecornu peut recourir à l’article 49-3, sans grand risque de se faire renverser par une motion de censure. Il est improbable qu’une majorité de députés la vote alors que les écologistes et les communistes se sont abstenus lors du scrutin sur la Sécurité Sociale.

Seulement voilà. Sébastien Lecornu s’est engagé à ne pas recourir à l’article maudit. Malgré les suppliques des parlementaires, de gauche comme de droite, pour qui le 49-3 est la seule solution, il ne veut rien entendre : il ne se déjugera pas. De quoi aurait l’air un présidentiable putatif, pense-t-il, s’il démarrait sa carrière politique en bafouant la promesse faite aux Français ?

En réalité, il les exaspère. Au pied du sapin, les Français se moquent bien de la manière dont sera adopté le budget 2026. Ils demandent qu’on en sorte et qu’on cesse de leur pourrir la vie avec des guerres picrocholines auxquelles ils ne comprennent plus rien. L’année 2026 démarrera donc avec des nouvelles joutes à l’Assemblée nationale, dans un éternel recommencement. Sébastien Lecornu ne pouvait leur offrir pire cadeau de Nouvel An. D’autant que c’est partie remise. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a des chances qu’on ne trouve pas plus d’issue. Sauf le 49-3…

Valérie Lecasble

Editorialiste politique