CAN 2026 : la diplomatie du ballon rond
La Coupe d’Afrique des nations a été un succès sportif, conclue par une finale entre le Maroc et le Sénégal, vainqueur. Mais l’événement est aussi une cartographie des puissances, des ambitions et des tensions du continent, où le football est souvent une affaire d’État.
En s’intéressant aux équipes présentes dans le dernier carré de la compétition, on trouve quatre pays importants pour la géopolitique actuelle du continent : l’Égypte, le Maroc, le Nigéria et le Sénégal.
Trois d’entre eux font partie des poids lourds du continent, en termes de PIB comme de population : le Nigéria, Égypte et Maroc. Le Sénégal appartenant à une catégorie inférieure mais toujours dans la première moitié du « top six », avec une aura politique sans doute supérieure à son poids économique. Et qui dit poids économique, en football, dit souvent de meilleurs budgets alloués aux équipes. En Afrique avec ce sport, on ne plaisante pas !
Du haut de ses sept titres déjà remportés lors des CAN précédentes, l’Égypte est probablement le pays le plus frustré de n’avoir pu atteindre que la petite finale (match pour la troisième place). Mais on sait le poids économique et politique de ce pays, non seulement en Afrique du nord et de l’est mais aussi au Moyen-Orient dont il constitue une charnière.
Le Nigéria, dont la puissance économique est d’abord due au pétrole, a été jusqu’ici moins brillant sportivement, mais il constitue le poids lourd de l’Afrique de l’Ouest. Il fait en outre partie des « cibles » africaines de Trump depuis que ce dernier s’est convaincu que le pays était la proie d’un génocide chrétien. Cela lui a valu un bombardement aux motivations étranges mais auquel la convoitise du pétrole n’est sans doute pas étrangère.
Quant au Sénégal, le vainqueur, pour la deuxième année consécutive, parfois considéré comme le Petit Poucet dans la cour des grands, il symboliserait presque la victoire d’une des rares démocraties africaines face à des régimes autrement plus durs. Malgré ses gros problèmes internes, malgré sa dette colossale, Teranga a vaincu Atlas.
Maroc 2030, vitrine et contestation
Le Maroc, enfin, voulait évidemment « sa » Coupe, comme souvent le pays hôte. Les supporters de son équipe dont toute la classe politique et le roi lui-même ont certainement fait grise mine. Mais l’essentiel n’est sans doute pas dans cette défaite sportive. Il est plutôt dans le considérable effort économique accompli par la monarchie chérifienne pour mettre le pays au niveau d’un tel événement sportif, tout en en préparant un autre, encore plus prestigieux : la Coupe du Monde 2030, conjointement avec l’Espagne et le Portugal.
Cet effort économique est aussi un enjeu politique, actant définitivement le rôle que le Maroc et son roi veulent désormais jouer en Afrique, celui d’une puissance respectée mais aussi du principal médiateur entre l’Afrique et les autres continents : l’Europe notamment, mais aussi le Moyen-Orient avec la signature des accords d’Abraham, ou des États-Unis si l’on en juge par l’empressement avec lequel le roi Mohamed VI a accepté l’invitation de Trump à participer à son « Conseil de la Paix ». Mais derrière la façade du football unificateur, en externe comme en interne, la contestation n’a pas manqué. Ce ne sont pas des stades mirobolants ni des TGV qu’ont réclamés les jeunes manifestants de la génération Z 212, mais une amélioration de leurs conditions d’études et de santé, ou de leur insertion professionnelle. La CAN a sans doute momentanément détourné leur attention, mais il serait surprenant que la contestation ne se ravive pas à nouveau.



