« CDI Jeunes » : le dérapage du Medef

par Rémy Goubert |  publié le 09/02/2026

Le grand patronat préconise de ressusciter le défunt CPE, contrat précaire pour les jeunes rejeté sous Chirac. Prétendant répondre à un vrai problème – le chômage des moins de 30 ans –, il propose de fausses solutions, humiliantes pour la jeunesse.

Portrait du président du MEDEF, Patrick Martin, à Paris, le 27 janvier 2026. (Photo Daniel Perron / Hans Lucas via AFP)

Sous le vernis d’un « contrat d’avenir », le patronat agite le spectre du CPE, au moment où les dividendes du CAC 40 atteignent des sommets stratosphériques. En facilitant les licenciements, il espère favoriser l’embauche. Outre que ce raisonnement n’est guère convaincant – en Italie, il a eu très peu d’effets –, le Medef oublie la connotation humiliante de la mesure, qui consiste à réserver aux jeunes un contrat de travail au rabais.

La double peine : précarité et sous-salaire pour les jeunes

L’architecture de cette proposition écorne le Code du travail. En instaurant une période d’essai déguisée de trois ans au nom de l’emploi, le Medef crée surtout de l’incertitude. Déjà, le contrat à durée déterminée (CDD) a été détourné de son objet, qui était de faciliter l’embauche en cas de mission temporaire. En fait, les trois quarts des jeunes embauchés doivent aujourd’hui s’y soumettre, alors que le contrat à durée indéterminée (CDI) prévoit déjà une période d’essai. Pour améliorer les choses, le Medef propose en fait de mettre tous les jeunes en CDD. Comment un jeune travailleur peut-il se projeter, louer un appartement ou fonder une famille avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête pendant 36 mois ?

Aussi bien, l’idée de descendre sous le seuil du SMIC rompt le pacte républicain d’égalité devant le travail. On propose à toute une génération de gagner moins à travail égal, au prétexte de son « manque d’expérience ». C’est une vision comptable de l’humain : le jeune n’est plus un citoyen en devenir, mais une main-d’œuvre dévalorisée et interchangeable.
Dividendes et fracture générationnelle

Cynisme financier

Cette offensive intervient dans un contexte qui rend la pilule d’autant plus amère. En 2025, 107,5 milliards d’euros ont été reversés aux actionnaires, soit une hausse de près de 10 % en un an. Dans le même temps, on explique aux enfants de la classe ouvrière et des classes moyennes qu’ils coûtent trop cher. Sous cet angle, le « CDI Jeunes » n’est rien d’autre qu’un subside indirect versé aux actionnaires par le sacrifice des salaires de la jeunesse.

Fracture générationnelle

Même au sein des organisations patronales plus proches du tissu économique réel (comme la CPME), l’idée suscite un malaise et sera, selon toutes probabilités, abandonnée, preuve que le Medef est aujourd’hui largement déconnecté de la réalité sociale du pays. Quel message envoie-t-il à ceux qui feront la société de demain ? Que leur vie vaut moins que celle de leurs aînés ? Que la précarité est leur état naturel ? Tout à ses calculs, le Medef, qui se pique de pragmatisme, donne le sentiment de vivre dans un autre monde.

Rémy Goubert