Ce nouvel antisémitisme made in USA

par Sébastien Lévi |  publié le 21/01/2026

Longtemps cantonné aux marges, l’antisémitisme américain a changé de visage et d’échelle. Entre militantisme dévoyé, radicalités idéologiques et mémoire courte, la haine des Juifs explose. Un basculement inquiétant et lourd de conséquences.

Des policiers du NYPD devant une synagogue pour sécuriser les célébrations de la Journée de Jérusalem, dans le quartier de Brooklyn à New York, le 25 mai 2025. (Photo Madison Swart / Hans Lucas via AFP)

Le jeudi 8 janvier, une manifestation violemment anti-israélienne se tenait à côté d’une école juive de New York, aux cris de « Nous soutenons le Hamas ! », soit un soutien implicite au meurtre de Juifs. Deux jours plus tard, une des plus vieilles synagogues des États-Unis était incendiée à Jackson dans le Mississippi. L’année 2026 commence donc comme elle s’était terminée pour les Juifs américains, dans la peur.

La manifestation de New York devant une Yeshiva (école talmudique), en marge d’un événement sur l’immobilier en Israël, n’était pas un simple rassemblement en soutien aux Palestiniens, alors qu’un cessez-le-feu, certes précaire, est en place depuis trois mois. Une manifestation si outrancière et ouvertement antisémite qu’elle a entraîné des réactions politiques unanimes, jusqu’au maire de New York Zohran Mamdani, qui a dénoncé le caractère terroriste du Hamas. Si l’affluence était limitée, le message sans équivoque de cet événement a rappelé le nouveau statut de victime absolue accordée aux Palestiniens (dont le sort doit être défendu sans ambiguïté), et en miroir celui de coupable absolu attribué à Israël et à ses soutiens (soit environ 80% des Juifs américains, au-delà des critiques contre la politique de son gouvernement).

Actes antisémites en forte hausse

Alors que les actes antisémites aux États-Unis ont été multipliés par 10 depuis 2015 et ont quasiment triplé depuis le 7 octobre 2023, le conflit israélo-palestinien est sorti du champ politique pour devenir ontologique : une grille de lecture globalisante qui place les Juifs, au moins ceux refusant de renier leur soutien à Israël (le pays, pas ses gouvernants), dans le camp du mal.

Hier, les Juifs étaient soit trop capitalistes, soit trop communistes. Aujourd’hui, les Juifs américains sont sur le banc des accusés au sein de l’extrême-gauche décoloniale, mais aussi dans les groupes d’extrême-droite nativistes et isolationnistes. Dans les deux cas, Israël est le nouveau bouc émissaire : comme incarnation du colonialisme oppresseur, comme une puissance étrangère jouant un rôle néfaste aux États-Unis.

C’est dans ce cadre que deux jours après la manifestation de New York, la synagogue de Jackson était incendiée, après avoir subi le même sort en 1967, par le Ku Klux Klan. S’il est trop tôt pour connaître avec certitude les coupables et leurs motivations, le caractère antisémite de l’acte ne fait guère de doute.

Il y a 60 ans, les Juifs américains étaient les ennemis de l’extrême-droite raciste pour leur soutien assumé aux Noirs américains dans leur lutte pour les droits civiques. Dans un film magistral, « Mississippi Burning », Alan Parker avait d’ailleurs retracé l’histoire de deux militants juifs américains assassinés avec un militant afro-américain par le KKK.

En 2026, le Mississippi brûle encore, et le feu antisémite qui a consumé la synagogue de Jackson, bien vivace, est encore plus dangereux qu’il ne l’était dans les années 60 quand il s’inscrivait dans une bataille politique que les Juifs étaient fiers de mener. Il vient aujourd’hui de tous les côtés, avec des bourrasques et un vent mauvais qui le rendent incontrôlable malgré la bonne volonté des forces de l’ordre, des politiques ou des éducateurs, pompiers largement impuissants, aux États-Unis comme ailleurs.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis