C’est la mer qui prend l’homme
Quand Moitessier navigue en cases : l’épopée de la croisière en solitaire sublimée par le 9e art, comme une ode à la liberté.
À l’été 1968, Bernard Moitessier abandonne une course à la voile qu’il pouvait remporter pour poursuivre sa navigation solitaire autour du monde. Ce refus, en forme de révolte, inspire aujourd’hui une remarquable bande dessinée chez Gallimard, signée Younn Locard et Stéphane Melchior.
L’adaptation transforme l’odyssée en récit visuel saisissant, avec un dessin d’une grande poésie qui parvient à rendre l’immensité océanique et les péripéties du navigateur français avec une précision documentaire teintée de lyrisme. Fidèle au livre original, la BD propose des cadrages où alternent les plans larges sur l’horizon et gros plans intimistes sur Moitessier, seul à bord de son Joshua, le tout dans une palette chromatique dominée par les bleus profonds et les ocres dorés, qui restitue l’atmosphère contemplative du voyage.
Pour qui n’a pas lu le best-seller d’origine – véritable bible des navigateurs et plaisanciers de tous poils depuis des décennies – la BD offre une transition fidèle de l’esprit de Moitessier, et pour tout dire assez captivante. Ainsi l’intégration des extraits du journal de bord, des fragments poétiques dispersés dans les planches, révèlent toute la dimension mystique de l’aventure. Moitessier y exprime sa communion mystique avec l’océan, ses dialogues avec les dauphins, ses méditations sous les étoiles. Les séquences de tempête côtoient des moments de grâce pure, créant un rythme narratif qui épouse parfaitement celui de la navigation hauturière. Une ode à la liberté où chaque planche respire cette poésie particulière du grand large, et qui prouve qu’on peut adapter un mythe maritime sans le trahir,
La Longue route, de Bernard Moitessier, adaptation de Younn Locard (scénario) et Stéphane Melchior (dessin), éditions Gallimard, 344 pages.



