Charlotte Gainsbourg, le wokisme et l’Huma
Selon le quotidien du PCF, Charlotte Gainsbourg ayant signé une pétition pro-israélienne, n’est plus vraiment qualifiée pour jouer le rôle de Gisèle Halimi dans un film biographique. Jusqu’où ira l’intolérance de la gauche radicale ?
Peut-on imaginer polémique plus ridicule ? Dans l’Humanité, un folliculaire sérieux comme un pape s’interroge sur une grave question : Charlotte Gainsbourg peut-elle interpréter Gisèle Halimi dans le biopic en cours de préparation sur le procès de Bobigny où l’avocate avait défendu le droit à l’avortement ? La raison de cette interrogation en forme de mise à l’index : l’actrice a signé une pétition demandant que la reconnaissance de la Palestine reste subordonnée à des conditions telles que le démantèlement du Hamas ou la reconnaissance de l’État d’Israël par les Palestiniens. Cette prise de position, écrit le sourcilleux censeur, habile à faire parler les morts, est contraire à celle qu’aurait prise Gisèle Halimi confrontée à la même question. Cette distribution de rôle, écrit l’Huma, est « problématique » (avant de modifier son titre pour annoncer plus prudemment qu’elle « fait polémique ».
À bien y réfléchir, il y a là une piste féconde. On peut douter, par exemple, que Bruno Ganz, l’acteur suisse qui interprétait Adolf Hitler dans La Chute, adhérait complètement à l’idéologie nazie du personnage qu’il incarnait. Problématique appropriation culturelle… On peut se demander si Marlon Brando, qui jouait Don Corleone dans Le Parrain, épousait bien les rudes principes de la mafia ou si Lino Ventura, qui incarne un résistant héroïque dans L’Armée des Ombres aurait à coup sûr été membre d’un réseau gaulliste pendant la guerre. Le comble de la confusion étant atteint par Charlie Chaplin dans Le Dictateur qui joue à la fois un barbier juif et le tyran Hynkel, double appropriation culturelle doublement problématique.
Dans l’album de Lucky Luke, Le Cavalier Blanc, les spectateurs simplets d’un théâtre ambulant dans le Far-West satirique de Morris et Goscinny réservent le goudron et les plumes à l’acteur qui joue le méchant dans la pièce. Voilà où mène, y compris dans l’Humanité, journal en principe universaliste et rationnel, ce wokisme-qui-n’existe-pas, mais qui tend à imprégner les esprits faibles de la gauche radicale adeptes de la « cancel culture ».
On voudrait accréditer la thèse d’une gauche pratiquant la censure et le puritanisme militant, thèse répétée de manière obsessionnelle par la droite et l’extrême-droite qu’on ne s’y prendrait pas autrement. À qui profite cette américanisation du débat culturel, sinon aux émules du trumpisme, qui se drapent dans la liberté d’expression à leurs yeux menacée pour mener leur opération de mise au pas idéologique des démocraties.



