Chercheur cherche budget, désespérément

par Malik Henni |  publié le 09/05/2025

Dans un sursaut d’ambition que l’on n’espérait plus, l’Union Européenne et la France veulent attirer les chercheurs américains en quête d’un avenir meilleur. L’idée est louable mais elle ne doit pas masquer l’état d’une université française déshéritée.

Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lance la conférence « Choose Europe for Science » à la Sorbonne, le 5 mai 2025, afin d'encourager les chercheurs et scientifiques du monde entier à exercer en Europe. (Photo Gonzalo Fuentes / AFP)

Dans l’auguste amphithéâtre de la Sorbonne, Emmanuel Macron et Ursula Von der Leyen ont annoncé le lancement du plan « Choose Europe for Science » destiné à faire venir les scientifiques américains qui fuient le renouveau du maccarthysme dans leur pays, l’obscurantisme anti-scientifique et les suppressions de postes, notamment dans le secteur du climat et de l’environnement. L’UE va débloquer 500 millions d’euros et la France 100 millions, tandis que plusieurs universités ont lancé des appels à l’asile : Aix-Marseille a déjà ouvert 15 postes pour des émigrés américains.

« Tel philosophe aime les Tatars, pour être dispensé d’aimer ses voisins » : l’université française pourrait parler d’Emmanuel Macron avec les mots de Jean-Jacques Rousseau. Car dans cette même Sorbonne, le manque de moyens a poussé les chercheurs de l’école doctorales de sciences politiques à se mettre au chômage technique. L’université française est en lambeaux, affaiblie par un sous-investissement chronique : 67 d’entre elles ont un budget initial en déficit pour 2025.

Les crédits pour la recherche sont en baisse d’un milliard et demi d’euros, les vacataires – qui assurent la moitié des cours – sont payés avec des mois de retard, des salles ne sont plus chauffées certains jours faute de moyens parce que 57% des bâtiments sont des passoires thermiques. Le 25 avril dernier, le gouvernement a supprimé par décret 400 millions d’euros de crédits budgétaires pour la recherche. Alors que les rapports Tirole et Draghi recommandaient d’investir plus dans les technologies de rupture (IA, blockchain…), la France limite ses budgets de recherche à 2,2% du PIB, loin derrière l’objectif de 3% fixé par le traité de Lisbonne.

De quels atouts disposent la France pour attirer les têtes les mieux faites d’Amérique ? Inlassablement, les mandarins de l’université et les responsables politiques répondent : « la qualité de vie ». La crainte d’une transformation de notre pays en parc d’attraction trouve là une formidable confirmation. Les bistrots, les parcs et jardins et l’absence de fusillade dans les établissements scolaires ne sont pas suffisants pour convaincre les chercheurs de s’installer en France.

Hélas, la question des salaires est beaucoup plus épineuse : un enseignant-chercheur français à 35 ans est payé environ 40% de moins qu’un doctorant californien. Le chercheur suisse est payé deux fois plus que le français. L’idée d’un afflux massif de chercheurs américains est donc un fantasme irréalisable, tout comme l’a été le déménagement des sièges de grandes entreprises de la City à la Défense après le Brexit. Sauf pour la communication du président…

Malik Henni