Chili : LFI à côté de la plaque
Jean-Luc Mélenchon et les siens ont encore perdu une occasion de se taire. Le gouvernement Boric, président chilien sortant, acclamé hier, est désormais tenu pour responsable de la débâcle de la communiste Jeannette Jara à la présidentielle.
Il n’y pas si longtemps, Jean-Luc Mélenchon n’avait pas de mots assez flatteurs pour louer la victoire de la gauche chilienne du président Boric, issu de la société civile, avec un programme social ambitieux et une réforme constitutionnelle se voulant la plus démocratique du continent. LFI revendiquait alors la victoire. Mais la défaite de la candidate Jeannette Jara est passée par là. Celle-ci sert maintenant de bouc émissaire pour dénoncer une gauche dont le recentrage expliquerait la défaite face au candidat nostalgique de Pinochet.
Parmi les lieutenants de Mélenchon, la jeune Clémence Guetté, du haut de son expérience antifasciste, explique doctement à la gauche chilienne ce qu’il aurait fallu faire. Raquel Garrido, purgée et débarquée avec son compagnon, tente de rappeler le traumatisme du régime de Pinochet : les assassinats, la torture, les disparitions par milliers, les bébés des militants de gauche placés dans les familles les plus conservatrices et catholiques de la révolution nationale chilienne pour inciter à un peu de distance, de mesure, de retenue et pourquoi pas, de dignité. Mais rien n’y fait.
Ni dieu, ni césar, ni tribun, Mélenchon, guide de la gauche populiste, use toujours du même artifice. Après avoir enfoncé la gauche américaine face à Trump jusqu’à raconter qu’il s’agirait à peu de chose prêt de la même politique que celle des républicains, il distribue aujourd’hui les mauvais points à la gauche démocratique chilienne qui a perdu cette manche face à Kast et la coalition des droites dirigée par les nationalistes. Pourtant, à Santiago comme ailleurs, l’utilisation des flux migratoires à des fins politiciennes et xénophobes, a été le principal moteur de la déferlante nationaliste. En provenance du Venezuela, seul régime pour lequel Mélenchon affiche toujours un soutien inconditionnel, malgré l’échec économique et les privations des droits de l’homme depuis Chavez jusqu’à Maduro, les migrants venus de Caracas ont été le facteur déterminant, avec la dégradation de la sécurité au Chili. Contraints de se prononcer alors qu’ils boudaient les urnes avant la réforme du code électoral, les nouveaux électeurs ont voté Antonio Kast à 80%.
Haro sur la social-démocratie !
Dans un raccourci binaire, les Insoumis passent leur temps à taper sur l’autre gauche, alors même que les nationalistes se déploient sur tout le continent américain, à l’instar de l’Europe, d’une grande partie de l’Asie et de l’Afrique. Dans un puissant souffle conceptuel et novateur, la révolution citoyenne qui monte d’un peu partout serait une fois encore empêchée par les résidus du réformisme, à Santiago comme à Paris. Même Pierre Lambert aurait fait mieux. Peu importe que l’inflation ait été réduite de près de dix points, peu importent les nouveaux droits sociaux instaurés par Boric, parmi les plus élevés du sous-continent américain, il est toujours temps de brûler ce qu’on adorait la veille.
Si l’on excepte le Brésil de Lula, dont la politique internationale demeure trouble, seule la démocratie mexicaine résiste vaillamment, présentant encore des orientations progressistes. Quant au caudillo vénézuélien, mentor de Mélenchon, il est l’un des pires miroirs qui soit pour défendre une perspective de gauche sur le continent. Le chef MAGA en use et en abuse pour jeter le discrédit sur toute la gauche du continent.
Le piège qui se referme sur les peuples n’est pas l’absence de radicalité du programme de la gauche chilienne. Ce qui est en cause est la déferlante idéologique venue de Washington, déployant ses relais sur tous les continents pour la défense des intérêts mercantiles et politiques des régimes autoritaires et d’une Amérique affaiblie dans ses prétentions impériales.



