« Choose France » : un cache-misère ?
La multiplication des grands-messes élyséennes ne suffira pas à effacer les handicaps de l’entreprise France. Derrière les communiqués officiels, la désindustrialisation se poursuit. En cause : les coûts de production…
Pour Emmanuel Macron, il s’agit de retrouver une assise et un semblant de crédibilité dans l’hexagone via l’économie, pour tenter de convaincre de la pertinence de sa politique de l’offre malgré les revers qui s’accumulent. Alors, sur le modèle des huit éditions du sommet Choose France déjà organisées par l’Élysée depuis 2018 pour attirer les investisseurs étrangers, pourquoi pas une déclinaison « Édition France » destinée aux acteurs français porteurs de projets ?
C’est donc une première, démarrée le 17 novembre, pour mettre en scène, avec force communication, à la fois des projets nouveaux pour une valeur totale de 9 milliards d’euros, et d’autres déjà remarqués dans l’année écoulée pour faire bonne mesure. Soit une trentaine de milliards en tout. Ce qui n’est pas rien, mais ne saurait masquer une réalité bien moins convaincante.
Au passage, on notera qu’en 2023 par exemple, le total des investissements directs d’entreprises françaises aux États-Unis a atteint 371 milliards de dollars selon la Direction générale du Trésor. Et que CGA-CGM, TotalEnergies, Sanofi, Stellantis et LVMH ont prévu à eux cinq d’engager deux fois plus d’investissements aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump que Choose France-Edition France n’en aura à son palmarès global. Les proportions ont leur importance.
Loin des salons de l’Élysée, la réalité du terrain en France n’est pas si encourageante. Les dossiers d’entreprises en perdition s’accumulent. Dans l’automobile, le Sénat alerte sur une filière en situation de « péril mortel », à l’image de l’usine de Poissy de Stellantis ou des sous-traitants de la filière, qu’il s’agisse de MA France à cause d’une délocalisation Turquie, de la société Amis à Guéret fermée en début d’année, de deux usines de Marelli dont la production a été transférée en Slovaquie, des fermetures progressives d’usines Bosch et Valeo ou de celles de Allgaier France en Moselle et de Michelin à Vannes et Cholet…
Bien sûr, dans la vie des entreprises, certaines disparaissent et d’autres sont créées. Le problème survient quand celles qui disparaissent ne sont pas remplacées, comme dans la sidérurgie française. Que penser des 600 suppressions d’effectifs d’Arcelor à Dunkerque, des 550 autres qui ne survivront pas au sauvetage de NovAsco (ex-Ascometal), de la liquidation judiciaire des Aciéries de Maupertuis en Isère… La liste est trop longue, et pas seulement dans la métallurgie. De la production de Blédine Danone de Villefranche sur Saône à la boîte à Camembert Cibem en Normandie, les annonces de fermeture se multiplient. Certaines entreprises trouvent acquéreurs auprès de groupes chinois, comme Safra à Albi qui fabrique des autobus à hydrogène, ou l’usine chimique Vencorex près de Grenoble qui va malgré tout perdre 250 emplois… sans garantie pour l’avenir.
Un symbole mais aussi une synthèse : celui de la nouvelle Twingo électrique de Renault, produite en Slovénie après avoir été conçue dans des bureaux d’études chinois… Comme la Peugeot 208 électrique passée de la Slovaquie à l’Espagne sans avoir jamais connu Sochaux, Mulhouse ou Poissy. Les industriels français désertent les usines de l’hexagone à cause de coûts de production élevés. Dans le secteur manufacturier, le coût de l’heure de travail est compétitif par rapport à l’Allemagne la Belgique, l’Autriche ou la Suède, mais il est quatre fois plus élevé qu’en Roumanie, trois fois plus qu’en Hongrie, en Pologne ou dans les pays baltes, autour de deux fois plus que la Slovénie, la Slovaquie ou la Croatie… relève, entre autres, l’institut Rexecode à la fin 2024.
Le prix Nobel d’économie Philippe Aghion attribue en outre la perte de compétitivité de la France à son décrochage dans l’innovation. L’économiste Patrick Artus ajoute le poids de la pression fiscale, les réglementations excessives et la perte de l’excellence dans le domaine éducatif. On peut citer aussi l’absence de dispositifs de sauvegarde, ou trop tardifs, face à une concurrence étrangère débridée et parfois déloyale.
La sanction est brutale : au deuxième trimestre 2025, le nombre de plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) recensés par le ministère du Travail a augmenté de plus de 20% par rapport au trimestre précédent, et de 47% sur un an. Depuis le début du siècle, le poids de l’industrie dans le PIB français (10% aujourd’hui), a été réduit de moitié. Les racines du mal sont connues. Reste à oser s’y attaquer.



