Cisjordanie : objectif annexion

par Sébastien Lévi |  publié le 13/02/2026

Le 9 février, le gouvernement Netanyahou a renforcé la souveraineté israélienne en Cisjordanie en autorisant l’achat de terres sans restriction et en supprimant la distinction entre les zones prévues par les accords d’Oslo. Un pas de plus vers l’annexion.

Des préfabriqués d'un nouvel avant-poste israélien sont érigées près du village palestinien de Shuqba, en Cisjordanie occupée, près de la ville palestinienne de Ramallah. Le cabinet de sécurité israélien a approuvé une série de mesures visant à renforcer le contrôle sur la Cisjordanie occupée, ouvrant la voie à une nouvelle expansion des colonies. (PHOTO ZAIN JAAFAR / AFP)

À bien des égards, la Judée-Samarie, le nom biblique de la Cisjordanie, devient une nouvelle région israélienne, comme la Galilée ou le Néguev, empêchant toute concession territoriale, et plus encore la création d’un État palestinien vivant aux côtés de l’État d’Israël. Certains membres éminents de la coalition au pouvoir l’affirment d’ailleurs ouvertement.

Il s’agit en effet d’une victoire claire pour l’extrême-droite israélienne, privée d’une annexion de jure mais bénéficiant d’une nouvelle avancée vers une annexion de facto. En réalité, cette approche lui convient davantage, car une annexion formelle provoquerait soit des sanctions majeures contre Israël, soit contraindrait le pays à des choix difficiles, notamment concernant le statut des Palestiniens. Le statu quo est donc susceptible de se poursuivre, avec des Palestiniens privés de la citoyenneté israélienne, tandis que les Israéliens pourront développer leur présence en Cisjordanie.

Un risque accru pour la démocratie israélienne

En apparence, Israël continue d’être une démocratie prospère (ce qu’il est à l’intérieur de la ligne verte), sans avoir à affronter les complexités juridiques et démographiques d’une annexion complète de la Cisjordanie, et les Israéliens modérés peuvent encore éviter de se confronter à cette question. Les condamnations internationales sont réelles, y compris à Washington, mais peu susceptibles de provoquer des conséquences majeures pour Israël.
En réalité, cette victoire de la droite en Israël représente un risque majeur pour l’État d’Israël et constitue une justification pour ses détracteurs acharnés, qui peuvent désormais affirmer que leurs accusations d’« apartheid israélien » reposent sur des faits. Avec l’effacement de la ligne verte qui sépare Israël des territoires palestiniens, l’État d’Israël ne peut plus présenter les membres israéliens de la Knesset comme une (véritable) preuve de la démocratie israélienne, parmi d’autres éléments. Si la Cisjordanie devenait une partie intégrante d’Israël, le statut non démocratique de cette région deviendrait en quelque sorte celui de l’ensemble de l’État d’Israël.

La démocratie israélienne est mise en cause depuis trois ans, avec des attaques incessantes contre le pouvoir judiciaire ou les médias de la part du gouvernement israélien. L’effacement final de la ligne verte constituerait un autre élément clé de cette attaque contre la démocratie, avec la fin du principe « un homme, une voix » qui a défini la démocratie israélienne à l’intérieur de la ligne verte depuis sa création, malgré ce qu’en disent ses accusateurs à travers le monde.

L’héritage d’Yitzhak Rabin fragilisé

Ironiquement, la ligne verte du tramway de Tel-Aviv en construction traverse la place Rabin à Tel-Aviv où l’ancien Premier ministre avait été assassiné il y a 30 ans. L’effacement de l’autre ligne verte serait le coup de grâce porté à son héritage. Trente ans après l’arrivée au pouvoir de Benyamin Netanyahou à la suite de cet assassinat, le Premier ministre a non seulement tué le processus de paix d’Oslo avec le soutien actif d’une Autorité palestinienne et du terrorisme du Hamas, mais aussi l’objectif que Rabin poursuivait, à savoir une séparation d’avec les Palestiniens afin de préserver la nature démocratique de l’État d’Israël et d’ouvrir la voie à une paix future. En 2026, la paix est cliniquement morte et la démocratie israélienne gravement affaiblie, pour le plus grand plaisir des alliés d’extrême droite de Netanyahou, la jubilation secrète des ennemis d’Israël et le désespoir de ses alliés démocratiques ainsi que de nombreux amis sincères d’Israël, juifs ou non, à travers le monde.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis