Climat : l’Accord de Paris est-il mort ?
Qu’attendre de la COP30 qui s’ouvre au Brésil le 10 novembre ? Lors des deux dernières Conférences des Parties de l’ONU sur le climat, en 2023 et 2024, la prise de conscience mondiale suscitée par la COP21 à Paris en 2015 semblait s’être évaporée.
Certains symboles restent tristement célèbres. Le fait que les deux dernières COP se soient déroulées en Azerbaïdjan et aux Émirats arabes unis, deux pays enrichis grâce à l’or noir, augurait mal des promesses du volontarisme écologique qui semblait s’être emparé de la planète. On se souvient de l’adresse inaugurale à Bakou du président-dictateur azéri Aliev déclarant que le pétrole était un « don de Dieu ».
Il serait pourtant réducteur de tirer un bilan entièrement négatif de ce qui s’est passé depuis dix ans. La force de l’Accord de Paris, réside en effet dans son caractère universel et non contraignant. Il a en effet permis d’embarquer tous les pays de la planète, gros ou petits pollueurs, dans la même reconnaissance des dangers de l’accroissement sans limites des gaz à effet de serre et des conséquences climatiques qui en découlent, avec un objectif partagé, la volonté de limiter à 1,5°C l’accroissement de la température à l’horizon de la fin du siècle. Indéniablement cet accord a modifié non seulement les consciences mais aussi les pratiques, les politiques nationales comme les pratiques citoyennes. On ne comprendrait pas sans cela les décisions prises sur la voiture électrique ou sur les énergies renouvelables.
Certes, le seuil des +1,5°C a été franchi dès 2024, certes les gaz à effet de serre ont continué d’augmenter mais leur accroissement a connu une forte inflexion de trois fois inférieure à celle de la décennie précédente. Il semble donc encore possible d’arriver à limiter l’accroissement de la température planétaire à 2°C/2,5°C, si du moins les plus gros producteurs de gaz à effet de serre pouvaient être considérés comme ayant atteint leur pic énergétique et s’installaient enfin durablement dans une stratégie de suppression des émissions nettes, conforme à l’accord de Paris.
Mais cette force de l’accord a été aussi sa faiblesse, notamment par son flou et son caractère non contraignant. D’abord, il a fallu attendre la COP26 en 2021 pour que le charbon soit déclaré à exclure des politiques nationales, en contradiction notoire avec celles mises en place par plusieurs grandes puissances. Ensuite, ce n’est qu’à Dubaï en 2023 qu’a commencé à être évoquée, là encore dans des termes assez flous, une possible sortie du pétrole et du gaz. Quant à la dernière COP de Bakou en 2025, même si le dictateur Aliev a pu se glorifier d’avoir fait adopter une grille d’évaluation des crédits carbone ; le sujet de l’évacuation des hydrocarbures n’a pas été évoqué.
Sur le plan financier, les chiffres ont également évolué au fur et à mesure que les pays prenaient conscience des transformations à opérer. Aujourd’hui, on évalue à environ 6 500 milliards de dollars son coût global, soit deux fois le PIB de la France et environ 6% du PIB mondial. L’enveloppe décidée à Paris de 100 milliards de dollars pour aider les pays en voie de développement, atteinte seulement en 2022, est désormais considérée comme largement insuffisante, pour être estimée à 1 300 milliards, dont près de 1000 milliards pourrait ne concerner que l’Afrique. Or, c’est au moins depuis la COP 27 en Égypte en 2022 que les pays en développement affirment leur volonté d’obtenir à la fois réparations des torts causés par les pays développés mais également de quoi s’adapter. La COP de Bakou a fini par concéder un nouveau montant pour le Fonds correspondant, soit 300 milliards de dollars, chiffre jugé d’autant plus insuffisant que le mode de répartition du Fonds précédent est considéré comme injuste. Par ailleurs, ni la question des financeurs de ce Fonds ni ses modalités concrètes d’attribution n’ont encore été décidées.
C’est donc dans ce contexte que s’ouvre la COP30 de Belem, un contexte aggravé non seulement par les lobbies persistants des entreprises et des pays producteurs d’hydrocarbures, mais également par le climato-scepticisme agressif du président des États-Unis et de ceux ralliés à sa bannière. D’autre part, désormais convaincus du coût considérable de leur propre adaptation climatique et craignant de devoir payer davantage pour le Fonds d’aide, les pays développés participent de moins en moins à un niveau décisionnel aux COP, les rendant par là-même incapables de trancher un débat difficile.
Que la COP30 se tienne au Brésil, pays lui-même menacé à travers cet immense puits de carbone qu’est la forêt amazonienne, et dont le président Lula qui se dit un écologiste convaincu, constitue certainement un atout. Mais le Brésil est également l’un des membres fondateurs des BRICS, auxquels appartiennent aussi de gros pollueurs comme la Chine, l’Inde ou la Russie qui refusent de payer pour le Fonds d’aide, mais auxquels se rallient également de plus en plus de pays en développement.
Dans ce climat de guerre froide et de poker menteur pour déterminer qui paiera, il reste à espérer que l’Accord de Paris résistera assez longtemps pour inspirer les dirigeants du monde entier.



