Clivage gauche-droite, ce n’est pas fini !

par Boris Enet |  publié le 31/07/2025

À mesure que les échéances électorales se rapprochent, le bon vieux clivage droite-gauche redessine le champ politique hexagonal. Le gouvernement Bayrou, en équilibre précaire, n’y échappe pas.

À Paris, le 15 juillet 2025, le Premier ministre François Bayrou prononce un discours pour dévoiler les grandes lignes du budget 2026 de la France à l'immeuble Ségur. (Photo de Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

Les dossiers s’empilent avec un air de déjà-vu. Qu’ils soient de portée internationale ou intérieure, tous démontrent la persistance du clivage gauche-droite, né dans les décombres de la grande Révolution sur les cendres de l’Ancien régime. Tour d’horizon.

La reconnaissance de l’État de Palestine, annoncée par Emmanuel Macron, satisfait la gauche de l’hémicycle et une bonne partie du gouvernement quand les droites dénoncent pêle-mêle, une « précipitation », une « incantation » voire « une victoire du Hamas ».

Chef de file de la contestation et cinquième colonne du gouvernement, Retailleau dirige une droite dure, soutenue par des pans entiers de l’opinion. L’épisode de crispation diplomatique, entre le Président et le premier flic de France, à propos des relations avec Alger, le confirme.

Quant aux gauches, elles ont certes acquiescé, dénonçant dans un premier temps le temps perdu et l’isolement de Macron, avant de se rendre à l’évidence, avec les annonces de Londres, celles d’Ottawa, des pays arabes et même de l’Australie et du Japon tandis que la pression s’intensifiait sur le gouvernement israélien confronté à l’ampleur des crimes de guerre. Au point où le gouvernement des Pays-Bas peu suspecté d’inclinaisons progressistes a déclaré les deux Fous de Dieu du gouvernement de Netanyahu persona non grata.

En matière de respect de l’environnement et de transition climatique, les choses ne sont pas moins tranchées. Tandis que les droites justifient maladroitement la loi du soldat Duplomb, face à l’insurrection citoyenne, numérique et spontanée, les gauches collent à leur base électorale des métropoles, actifs et diplômés. Dans l’attente d’une décision du Conseil constitutionnel, prévue le 7 août, elles envisagent tous les recours, institutionnels ou extra parlementaires.

Là encore, les Conservateurs des deux chambres multiplient les génuflexions devant la FNSEA, sur fond de concurrence avec la coordination rurale, front de masse ou cache-sexe des souverainistes cocardiers et lepénistes dans les campagnes. La tribune publiée dans Le Figaro, exigeant l’arrêt des subventions pour l’éolien et le photovoltaïque, s’inscrit dans une campagne pan-européenne du PPE – le groupe conservateur à Strasbourg – contre la transition climatique, à la limite du révisionnisme scientifique pour sa frange la plus radicale. Sur ce plan, Gabriel Attal peine à incarner le marqueur gauche du gouvernement, quand il justifie la loi Duplomb au nom d’intérêts économiques à courts termes. Il n’empêche. Dans ce domaine aussi, la dualité du champ politique saute aux yeux.

Et puis, à huit mois des municipales, les rapprochements s’opèrent avec une droite, trumpiste par intérêt ou conviction, sur le fond comme sur la forme. L’épisode Dati à Paris, le soutien probable de LR à l’histrion Ménard à Béziers, n’ont rien d’anecdotique. La cohérence du bloc central ne fait pas illusion, là aussi. Renaissance, multiplie les récriminations contre la fragile, mais déterminée ministre de la Culture, Maire du 7e arrondissement et candidate à la succession d’Hidalgo. Sa brutalité arrogante n’a d’égale que ses indélicatesses judiciaires héritées de son ex protecteur.

À Béziers, l’ancien compagnon de route de Le Pen, animal politique iconoclaste, est un trait d’union de la France périphérique entre l’extrême-droite et la droite extrême de Retailleau et Wauquiez. La méthode Bayrou laissant chacun s’exprimer, voire quand il n’y a pas d’accord possible s’en remettre à la sagesse des parlementaires, ne trompe personne. On s’en rendra compte rapidement avec le nombre de questions non résolues à propos du budget 2026. Reste à savoir si la peur de payer au prix fort dans l’opinion le recours au chaos d’une éventuelle censure permettra de colmater formellement les brèches. Peu probable.

À travers ces trois exemples, les droites, délivrées de l’impossible dépassement, accompagnent la triple offensive idéologique précédent le tunnel électoral : remise en cause de l’État de droit au nom des préoccupations sécuritaires, allégeance financière aux secteurs du patronat le plus rétrograde, justifiant une austérité indistincte et l’ajournement des politiques d’accompagnement de la transition climatique. Le tout, sous la houlette d’un Chouan pur sucre, ancien Villieriste, ex directeur de campagne du corrompu Fillon, aujourd’hui ministre place Beauvau et figure de proue de la droite réactionnaire décomplexée.

Dans ce remake de l’ancien monde, on peine à identifier son pendant progressiste alors que les occasions ne manquent pourtant pas. Si Raphaël Glucksmann est bien identifié sur la problématique européenne, la scène nationale demeure désespérément vide d’une alternative crédible et progressiste à gauche, regroupant la gauche démocratique et la partie éclairée du centre. Le temps des initiatives est venu, avant de subir les affres du calendrier, une éventuelle censure et les assauts des populistes des deux rives.

Boris Enet