CNN, nouvelle prise de guerre de Trump
Le rachat de Warner Bros par Paramount risque d’affaiblir la liberté de la presse aux États-Unis, pour le plus grand bonheur de Trump, qui poursuit sa mise en coupe réglée du pays. Pour rester debout, la démocratie américaine devra résister à cette nouvelle attaque.
Depuis des mois, la prise de contrôle de Warner Bros anime la presse économique mais aussi les défenseurs de la démocratie. Ce qui se joue avec ce rachat dépasse en effet de très loin les catalogues d’œuvres et le streaming. Warner Bros compte en effet en son sein CNN, et son rachat par un groupe possédé par des proches de Trump pose des questions vertigineuses sur la liberté de la presse aux États-Unis. Or cette dernière est déjà fortement ébranlée par la mise en coupe réglée du Washington Post par Jeff Bezos et celle de CBS depuis son rachat par Paramount et Larry Ellison.
Ce dernier, un milliardaire proche de Trump, vient donc de l’emporter contre Netflix, en ayant accepté de surenchérir de manière tout à fait exagérée, sans lien avec la valeur de l’actif Warner Bros. La vraie valeur, c’est la bonne manière faite au président des États-Unis, qui a donc obtenu le scalp de son ennemi juré, CNN. La manœuvre est d’autant plus transparente et scandaleuse que les fonds nécessaires à l’opération viennent notamment des Émirats arabes unis et du Qatar, des pays ayant compris que la meilleure manière d’avoir la protection américaine était de corrompre son président, avec un avion, des investissements en Bitcoin Trump, et maintenant le rachat d’une chaîne critique à son égard.
Régulation fédérale et riposte des États
Le rachat de Warner Bros et de sa pépite CNN est un magnifique coup pour les pays du Golfe et Larry Ellison, qui peuvent plus que jamais compter sur la mansuétude de Trump. Pour ce dernier, la mise au pas de CNN, qui s’annonce sans merci, lui permet d’asseoir son emprise sur le paysage médiatique actuel et futur des États-Unis, en laissant planer la menace sur les autres organes de presse qui pourraient être les prochains, comme ABC ou NBC.
Le rachat de Warner Bros doit être avalisé par les autorités de régulation fédérales comme le ministère de la Justice ou le FCC (équivalent de l’ARCOM), mais leur approbation ne fait guère de doute, au vu de la soumission totale de ces institutions à Trump. Il reviendra donc aux ministres de la Justice de grands États, par exemple la Californie où sont localisées ces entreprises, de contester cette décision, notamment sur le plan de la régulation anti-monopole (« anti-trust »).
Ce qui se joue va bien au-delà de la liberté de choix sur un catalogue de séries ou du prix des abonnements qui léserait les consommateurs. Il s’agit ni plus ni moins de la liberté d’informer et de trouver une information objective et non contrôlée par le pouvoir. Il ne s’agit pas d’anti-trust au sens mercantile du terme, mais d’anti-trust (« confiance » en anglais) au sens citoyen, sur l’idée même de confiance dans les journalistes et la vérité.
Dans sa volonté de reprise en main autoritaire du pays, il est possible que cette prise de contrôle de CNN par une alliance d’un magnat proche de Trump et de pays capables de l’acheter soit son succès le plus éclatant, en faisant peser une menace mortelle sur la liberté d’informer et donc de critiquer le pouvoir en place aux États-Unis.



