Coluche avait raison

par Bernard Attali |  publié le 06/06/2025

Chaque année la même moisson: les hommes politiques publient leurs mémoires, leur manifeste. Cet été, la pensée politique se vend en solde.

Jordan Bardella en séance de dédicace pour son livre intitulé "Ce que je recherche", à la Maison de la Chimie à Paris, le lundi 27 janvier 2025. (Photo : Henrique Campos / Hans Lucas via AFP)

La liste est interminable. En vrac : Édouard Philippe, Aurore Bergé, Aurélien Pradié, Éric Ciotti, Clément Beaune, Boris Vallaud, Olivier Faure, Fabien Roussel, François Ruffin, Philippe de Villiers… Avec une mention spéciale pour Jordan Bardella qui nous balance sa biographie du haut de ses 29 ans !

Sur le fond, ces ouvrages ont une caractéristique commune : ils sont inoffensifs. Tous contournent la controverse, évitent l’idée neuve, le mot qui fâche, la pensée qui dérange. Sur la forme : des monologues auto promotionnels, un alignement de mots valises, un style convenu, des sentences balisées, des éléments de langage. Avec le soutien de citations prétentieuses. Le problème n’est pas que ces auteurs écrivent mal, c’est qu’ils n’ont rien à dire : ils communiquent.

La plupart du temps ces ouvrages ne sont vendus qu’à quelques centaines d’exemplaires. Mais peu importe : à défaut d’avoir été relus, ils ne sont pas lus. D’ailleurs ils ne sont publiés pour que pour faire croire. Faire croire que l’auteur a pris le temps de réfléchir, faire croire qu’il a pris de la hauteur, faire croire qu’il pense à autre chose que la prochaine primaire. Et si l’éditeur a fait le boulot, pour déboucher le Graal de la notoriété : un plateau télé. La complaisance médiatique du petit cirque parisien n’a pas de limite.

Alors que faire? Eh bien lire autre chose. Reprendre les écrits de ceux qui, dans le passé, ont su s’engager tout en étant lettrés. Relire Chateaubriand, Clemenceau, Blum, de Gaulle, et même Mitterrand… Pour se souvenir d’un temps où la politique et la culture faisaient bon ménage.

On reproche souvent aux français de se détourner de la politique. Mais à parcourir ces pages vides sous couverture rigide on les comprend. Comme le disait Coluche : « je ferai remarquer aux hommes politiques qui me traitent de rigolo que ce n’est pas moi qui ait commencé ! »

Bernard Attali

Editorialiste