Comment s’en sortir

par Laurent Joffrin |  publié le 08/09/2025

Il n’est qu’une seule solution rationnelle à la crise politique ouverte par les palinodies de Bayrou et les caprices de Macron : former un gouvernement qui bénéficie de l’onction des partis de gouvernement. S’ils acceptent d’abjurer leurs dogmes.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Donc – dixit le président – nous aurons un nouveau Premier ministre « dans les prochains jours » : Hamlet Macron, préférant être plutôt que ne pas être, semble décidé à épargner au pays l’éprouvant spectacle de ses interminables hésitations. Il a beau essuyer dans cette affaire son énième échec, la constitution de la Cinquième, bonne fille, lui laisse le loisir d’exercer encore son désastreux sens politique (c’est bien lui qui avait nommé Bayrou, après avoir essayé en vain Attal et Barnier, le tout pimenté d’une calamiteuse dissolution). Prions…

Vautrin ? Lombard ? Bertrand ? Lecornu ? Tartempion ? Dugenou ? Inutile de jouer au devin : les nominations de premiers ministres prennent toujours à revers les commentateurs qui jouent les madame Irma. Selon la formule classique, la prévision politique est un art difficile, surtout quand elle concerne l’avenir. La roue tourne, donc, plus imprévisible que celle de la fortune. Habitués à ce rituel – le quatrième depuis 2022 – nous verrons bien, avec le calme des vieilles troupes citoyennes, quelle fumée sortira de la cheminée de l’Élysée.

Éliminons tout autant les fantasmes adolescents de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Non, Macron ne va pas dissoudre l’Assemblée (il sort d’en prendre). Non, il ne démissionnera pas (il se trouve fort bien à l’Élysée, où la nourriture est bonne, le personnel stylé et le jardin agréable). Quant à la motion de destitution présentée par la France insoumise, outre qu’elle ne respecte aucun des critères prévus par la constitution, elle n’a pas plus de chances d’être adoptée, que Sophia Chikirou, qui affirme que la Chine est une démocratie, d’entrer en première année de Sciences Po. Les Insoumis et les lepénistes croient qu’en tournant sept fois autour de l’Élysée en sonnant de la trompette, les murailles macroniennes vont s’effondrer. Or nous ne sommes pas à la bataille de Jéricho mais dans le monde réel.

Candidats à Matignon, les socialistes ne sont pas loin de vivre dans le même Metavers que le RN et LFI. Pour gouverner, il faut avoir une chance de réunir des majorités à l’Assemblée. Or la droite, de plus en plus droitisée, vient de lancer une fatwa – injuste mais impérieuse – contre le budget présenté par le PS. Dès lors, les chances de voir Olivier Faure Premier ministre se sont brutalement amenuisées et Macron, en toute logique, devrait s’en prévaloir pour éliminer l’hypothèse d’un gouvernement socialiste.

Reste donc la solution la plus raisonnable, la plus conforme à l’intérêt du pays : trouver un compromis programmatique qui permette au pays d’échapper un temps à son immense fatigue démocratique, avec un gouvernement à peu près crédible et un Parlement au travail, qui administre la France avec un peu de pragmatisme, de manière à faire face aux graves crises qui secouent la planète, tout en respectant les échéances républicaines normales (municipales, puis présidentielles et, éventuellement, législatives).

Il faut donc trouver un personnage dont l’étiquette politique n’est pas le critère dominant, mais bien plus la capacité personnelle à trouver un point d’équilibre entre droite, centre et gauche responsable. Car tout est là : à moins de sombrer dans une crise de régime qui favorisera les extrêmes, le PS, LR et le « bloc central » doivent trouver un modus vivendi où ils acceptent d’abandonner une partie de leur programme pour en obtenir une autre, et donc de ne pas censurer, sauf cas de conscience, un gouvernement qui trouverait le centre de gravité de cette machine complexe.

La droite doit accepter de taxer ses amis milliardaires (qui n’en sortiront pas beaucoup plus pauvres) ; la gauche démocratique de réduire quelque peu les dépenses de l’État (dont l’inépuisable prodigalité doit pouvoir être régulée) et le centre d’écorner les dogmes macroniens (dont les réussites n’épatent pas la galerie). Cette phase transitoire, nécessaire pour éviter le chaos politique, nous mènerait en un an à l’ouverture de la campagne présidentielle, au cours de laquelle pourront s’affronter devant le peuple les différentes conceptions de l’avenir du pays. Les partis et les candidats pourront ainsi se préparer à cette échéance décisive, plutôt que plonger, tel Gribouille, dans l’eau tumultueuse de la crise politique par peur de la pluie.

Laurent Joffrin