Comment Trump veut fausser les élections
Derrière le chaos sécuritaire qui sévit, une autre bataille se joue aux États-Unis. Plus silencieuse, mais tout aussi décisive : le contrôle du processus électoral. Ce qui s’esquisse aujourd’hui est une remise en cause méthodique du suffrage libre.
Pendant que les caméras du monde entier étaient tournées vers Minneapolis, le FBI saisissait des bulletins de vote en Géorgie, sur instruction de la patronne des renseignements inféodée à Trump. La preuve que ce qui se joue en ce moment aux États-Unis va bien au-delà de l’immigration clandestine pour concerner le cœur de la démocratie du pays.
Les élections aux outre-Atlantique, locales ou nationales, sont du ressort des États, qui sont libres d’en choisir les modalités, comme le vote par correspondance ou le comptage des votes. Cette latitude donnée aux États a d’ailleurs été étendue par une décision de la Cour suprême en 2013, qui donnait raison aux Républicains opposés au « Voting Rights Act » qui limitait jusqu’alors cette prérogative des États, notamment sur le redécoupage qui permettait à ceux du sud de diluer le poids électoral des minorités, en particulier les Afro-Américains.
En Géorgie, listes électorales et pression fédérale
Trump s’emploie depuis longtemps à intervenir dans l’organisation des élections, en remettant en cause leur régularité dans les États démocrates indécis comme la Géorgie ou l’Arizona, quand ceux-ci votaient contre lui comme en 2020. Il veut contrôler des listes électorales, réglementer les machines de comptage des votes et restreindre l’accès au vote en demandant plus de documents d’identité.
Au pic de la crise dans le Minnesota, la ministre de la Justice a d’ailleurs proposé un « deal » aux autorités locales : un accès aux listes des électeurs de l’État contre le retrait des forces fédérales, dont l’ICE, de la ville. Peu de temps après, un raid du FBI a donc conduit à la saisie de dizaines de milliers de bulletins de vote du comté de Fulton en Géorgie, qui avait fait pencher la balance pour Biden en 2020, et que Trump n’a cessé d’attaquer depuis lors, même après avoir remporté l’État en 2024. Objectif de ce raid : découvrir des irrégularités fantasmées par Trump.
L’élection « volée » de 2020 est une obsession pour Trump, et il est possible qu’elle soit au cœur d’un possible deal avec Maduro. En effet, une des théories du complot les plus extrêmes concernant l’élection de 2020 évoquait des votes indûment comptés pour Biden par l’intermédiaire de hackers soutenus par le gouvernement du Venezuela… On peut imaginer que Maduro pourrait bénéficier d’un traitement de faveur s’il donnait le moindre crédit à ces accusations fantaisistes.
Trump veut délégitimer les élections de 2020 à la fois par vanité, pour nier sa défaite forcément « irrégulière », mais surtout pour justifier la reprise en main au niveau fédéral des élections de 2026 voire de 2028 afin de s’assurer d’une « bonne tenue » qui lui garantirait la victoire… En d’autres termes, Trump souhaite utiliser la fraude imaginaire de 2020 pour voler bien réellement les élections de mi-mandat et empêcher la victoire des Démocrates.
Le Parti républicain est officiellement celui des « States’ rights », les droits des États, contre un Parti démocrate longtemps dépeint comme centralisateur. Cette nouvelle abjuration de ses principes que serait la prise de contrôle des élections par le gouvernement fédéral ne surprendrait plus guère pour un parti ayant renié son soutien au libre-échange et à l’immigration, ou son opposition à la Russie par lâcheté et soumission à Trump. Elle marquerait une nouvelle rupture, ouvrant la voie à une remise en cause des droits démocratiques des Américains, avec une menace réelle sur la sincérité des élections, qui compte aujourd’hui pour les Républicains moins que leur maintien au pouvoir et la possibilité de remodeler en profondeur le pays.



