Conclave : tout se complique
Non seulement le nombre des retraités va augmenter, mais l’INSEE annonce que la population des cotisants va diminuer. L’équilibre du système par répartition s’éloigne encore.
Comment concilier, pour financer les retraites, le vieillissement de la population avec une baisse du nombre d’actifs à partir de 2040 ? La question taraude les membres du conclave qui réunit une partie des partenaires sociaux sur le sujet, et dont la conclusion a été reportée au 17 juin.
A l’origine, cette concertation a pour but de remettre en cause l’âge butoir de 64 ans de la réforme de 2023 tout en conservant l’objectif de restaurer l’équilibre du système par répartition, malgré l’augmentation anticipée du nombre de retraités. Mais la question démographique se double d’un autre facteur aggravant : le plafonnement de la population active dans une quinzaine d’années selon l’Insee, et son repli au-delà. Autrement dit, les retraités – 17 millions aujourd’hui – vont être plus nombreux alors que le nombre des cotisants qui alimentent le système par répartition – 31 millions en 2025 – va se réduire. Bien que l’échéance paraisse encore lointaine, elle s’imposera à tous les salariés qui, aujourd’hui, ont moins de la cinquantaine.
Même avec un niveau de vie des retraités qui, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), va baisser de 10% à l’horizon 2040, le système de retraite devrait rester « durablement en besoin de financement ». Tout dépendra de l’assiette sur laquelle repose la collecte des cotisations – des salariés comme des entreprises. Elles fournissent les deux tiers des recettes totales du système. Mais impossible d’alourdir les charges des unes ni d’ôter du pouvoir d’achat aux autres : les taxes sont déjà au plafond. En outre, si les délocalisations devaient se poursuivre notamment dans l’industrie, l’assiette se réduirait encore plus alors que le nombre de pensionnés augmentera.
Le maintien des seniors au travail est un début de réponse. Encore faut-il que les entreprises jouent le jeu en formant les seniors à des fonctions adaptées à leur âge, plutôt qu’en se séparant de leurs salariés âgés (67% des 50-64 ans sont employés aujourd’hui mais seulement 37% des 60-64 ans, selon l’Insee). À ce titre, la prise en compte de la pénibilité a été, en avril, au coeur des débats du conclave. C’est dans ce contexte qu’a resurgi la TVA dite « sociale », qui viserait à dégager de nouvelles recettes pour les pensions de retraite sans alourdir les cotisations. Mais en transférant la charge sur les consommateurs, elle pénalise les ménages les plus modestes et génère de l’inflation. Et il serait contre-productif de porter un coup à la consommation à l’origine de près de la moitié de la croissance dans le pays.
Autre hypothèse: si l’automatisation engendre une évaporation des cotisations, pourquoi ne pas créer une taxe sur les robots, afin d’éviter une paupérisation du système… Ce fut la solution émise par l’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoît Hamon. A l’heure du déploiement de l’IA qui va accélérer la disparition de certains postes, cette façon de trouver un substitut à la réduction du nombre des cotisants se pose avec plus d’acuité. Bien sûr, les entreprises qui ont recours à l’automatisation des tâches pour améliorer leur productivité pousseront des cris d’orfraie si leurs efforts sont annihilés par de nouvelles taxes sur les automates.
Car le défi pour les productions françaises consiste à restaurer leur compétitivité face aux importations en provenance de pays où les charges sociales sont en général moins lourdes. Ce différentiel est à l’origine de la délocalisations des entreprises françaises, comme dans l’automobile, avec, à la clé, des emplois perdus. Pour autant, la solution ne consiste pas à recourir à des taxes à l’importation qui déclencheraient une poussée de l’inflation en France et des mesures de rétorsion dans les pays d’origine.
Pour l’heure, les participants au conclave, CFDT et Medef en tête, ont planché à la mi-mai sur la gouvernance du système des retraites face au pouvoir politique, et sur le principe d’un mode de pilotage continu pour éviter les épisodes de crispation qui bloquent l’économie. Une façon d’apaiser le débat, mais qui ne répond pas à la double problématique du vieillissement de la population et au recul de la population active. Réponse dans moins d’un mois.



