Congrès du PS : l’énergie des opposants
A J- 3 du vote, les opposants au Premier Secrétaire mobilisent leurs troupes. Leur objectif est de changer un Parti socialiste devenu exsangue et de rétablir les valeurs de la gauche contre LFI. Lionel Jospin les soutient… mais rien n’est joué.
Quelle ambiance ! Quelle énergie ! La brochette est au grand complet. Il y a là Nicolas (Mayer-Rossignol), Hélène (Geoffroy), Philippe (Brun), Carole (Delga), Karim (Bouamrane), Jérôme (Guedj), Patrick (Kanner), Michaël (Delafosse), François (Kalfon) et les autres … Les militants se trémoussent sur les refrains familiers de « Bella Ciao », « ma France » de Jean Ferrat ou sur l’air plus lointain de « Changer la vie » qu’utilisait déjà en 1977 dans ses meetings … François Mitterrand.
Patrick Kanner esquisse avec une militante quelques pas de danse. Quand son tour de parler viendra, il évoquera Pierre Mauroy et François Mitterrand pour se moquer … d’Olivier Faure. Avec Nicolas Mayer-Rossignol qui concourt pour le poste de Premier secrétaire, il veut retrouver la force du parti socialiste d’il y a cinquante ans, lorsqu’il y a pris sa première carte. « Je veux un parti qui fonctionne et qui retrouve la crédibilité et la confiance des Français ».
Leurs cibles ? La faiblesse du Parti socialiste et la responsabilité de la gouvernance « sectaire » d’Olivier Faure. Avec l’objectif de faire revivre le PS, tombé au fond du trou. La preuve depuis 1945, il n’a jamais été aussi bas avec seulement 39 815 adhérents contre 98 000 en 2018, et après le départ d’encore 10 000 d’entre eux dans la foulée de la présidentielle de 2022. « Il est urgent de redresser la barre », assène Philippe Brun, à 33 ans, le benjamin de la bande. « Nous devons reconquérir les adhérents grâce à une nouvelle doctrine politique, celle du socialisme populaire et grâce à une profonde réflexion intellectuelle. Nous devons rénover notre organisation qui est exsangue. Notre parti est fatigué, abimé, un énorme travail est à faire ».
L’autre thème est celui des valeurs et en leur nom, le rejet de La France Insoumise. Conspué le 1er mai, Jérôme Guedj devient le symbole des valeurs républicaines et de la lutte contre l’antisémitisme. Il déclenche un tonnerre d’applaudissements lorsqu’il défend l’universalisme contre l’essentialisation. Plus jamais d’alliance avec La France Insoumise, la doctrine est claire au niveau national. Et pas de Nouveau Front Populaire dans la même configuration que celle d’après la dissolution, la conviction est affirmée.
Celle-ci s’appliquera-t-elle aux élections municipales, alors que localement les élus de gauche se côtoient depuis si longtemps ? La réponse reste floue sauf pour le plus déterminé à combattre LFI, y compris dans les métropoles, Michaël Delafosse défié dans sa ville par les Insoumis qui l’ont choisi comme cible. « Les élections municipales seront l’occasion d’une affirmation républicaine », lance-t-il.
« Nous n’avons pas leçons de gauche à recevoir de quiconque. Nous sommes la gauche », poursuit Hélène Geoffroy à ceux qui accusent les opposants de Faure d’être l’aile droite du parti socialiste. « Nous sommes une France métissée, nous sommes la promesse de plus de gauche dans le pays », poursuit-elle. Plus forts à Nancy qu’à Marseille ? « Pour changer, il faut gagner », dit avec force Carole Delga. Une belle énergie se dégage de chacun des intervenants qui veulent y croire et rappellent avec émotion le blanc-seing que leur a octroyé Lionel Jospin.
« Changeons la vie ici et maintenant », reprend la musique pour annoncer la venue sur scène de Nicolas Mayer-Rossignol qui porte la candidature de tous et démarre en appelant à aller manifester pour que cesse le massacre à Gaza. Avant de citer l’une après l’autre chacune des personnalités qui figure sur la liste de ses soutiens en vantant toutes leurs qualités. Coordinateur d’une équipe de talents, dont il porte l’avenir, c’est ainsi que se vit Nicolas Mayer-Rossignol qui ne veut plus entendre aucun socialiste en siffler un autre et appelle au rassemblement en vue d’un Grand Parti Socialiste (GPS).
Seule Anne Hidalgo pourtant félicitée, n’a pas fait le déplacement mais elle a envoyé son message d’engagement dans une vidéo et son adjointe Lamia El Aaraje la représente à Paris dans ce dernier meeting des opposants à Olivier Faure avant le vote du 27 mai pour les trois motions en lice. Dans la dernière ligne droite, la tension est aussi vive que l’énergie, la force et l’enthousiasme qui dissimulent la crainte d’un recul du nombre des voix de Boris Vallaud, qui favoriserait une remontada de son ex-camarade Olivier Faure.
Les pronostics restent prudents : « avec Faure, nous sommes grosso modo à 40/40 », glisse l’un des intervenants tandis qu’un autre s’estime plus proche des 45 % contre 40 % à Faure et à peine plus de 15% pour Boris Vallaud dont tous s’interrogent sur où iront ses votes lors de l’élection du Premier secrétaire du PS le 5 juin. Le suspens prend fin dans quelques jours.



