Contre le RN, un rempart macronien ?
Au-delà du cas Amélie de Montchalin qui va diriger la Cour des comptes, Emmanuel Macron multiplie les nominations de ses proches à la tête des grandes institutions. Bon plaisir monarchique, ou sage précaution ?
Est-ce parce qu’il s’agit d’une femme et qu’elle est jeune que la nomination d’Amélie de Montchalin comme Première présidente de la Cour des comptes fait ainsi polémique ? Elle a sur le papier toutes les compétences pour occuper le poste. Mieux, pour le faire grandir.
Montchalin à la Cour des comptes : compétences et soupçons
Son prédécesseur Pierre Moscovici avait réclamé en vain d’accéder aux prévisions de Bercy afin de les vérifier lorsqu’à deux reprises, en 2023 et encore plus en 2024, les experts s’étaient trompés sur les recettes fiscales attendues, donc sur le déficit public de la France. Qui de mieux placé que l’ex-ministre du Budget pour connaître les chiffres de l’intérieur, elle qui vient de passer des mois à les décortiquer ? Certes, elle sera en conflit d’intérêt sur le budget 2026 mais ensuite, il y en aura beaucoup d’autres…
Ce n’est pas un hasard si cette mauvaise polémique est alimentée en particulier par Jordan Bardella. Au-delà du cas Montchalin, le président du RN dénonce « le verrouillage des institutions par la majorité présidentielle ». Sur le fond, il n’a pas tort. Déjà, Emmanuel Macron avait nommé à la tête du Conseil constitutionnel son plus proche en politique, Richard Ferrand. Cette nomination avait suscité des attaques qui se sont éteintes lorsque celle-ci a été entérinée, de justesse, par le vote du Parlement qui l’a légitimée.
Une série de nominations stratégiques
Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que le président de la République nomme ainsi une de ses ministres à un poste clé. Ce fut déjà le cas lorsque Emmanuelle Wargon, ministre chargée du Logement, déléguée à la Transition écologique, avait pris les rênes de la puissante Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui régule les marchés de l’électricité et du gaz en France. Et ce mois-ci, il devrait propulser Émilie Piette qu’il a choisie pour prendre la présidence du gestionnaire d’électricité RTE.
D’ici peu, il faudra également remplacer le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui a écourté son mandat prévu jusqu’à fin 2027, pour rejoindre les Apprentis d’Auteuil. Une occasion en or pour Emmanuel Macron de nommer un autre de ses proches. Au mois de mai, c’est le vice-président du Conseil d’État, Didier-Roland Tabuteau, qui fera valoir ses droits à la retraite pour quitter ses fonctions. Une autre opportunité pour qu’Emmanuel Macron le remplace par quelqu’un de confiance.
Rien d’étonnant ni d’illégal dans cette pluie de nominations stratégiques auxquelles procède Emmanuel Macron tant qu’il est encore à l’Élysée. La Constitution lui en donne le droit et le pouvoir. Libre à lui, dans la plupart des cas, de choisir qui il veut. Il ne s’en prive pas et en profite pour caser ceux en qui il a confiance ou bien qui l’ont soutenu. Il vient de remettre des décorations à l’Élysée à ses anciens compagnons de route.
« Verrouiller » les institutions : logique politique et risque RN
Tout ceci a un air de fin de règne monarchique où Jupiter distribue ses bienfaits à ses amis. Une démarche que l’on peut critiquer mais qui a aussi deux raisons objectives. La première est que tous les présidents de la République ont fait de même avant lui.
La seconde, et non la moindre, est qu’elle offre l’avantage de placer à la tête de l’État des personnalités compétentes, à la tête bien faite, et aux idées en accord avec la République. De quoi effectivement verrouiller les institutions et protéger les Français d’éventuelles dérives aux accents trumpistes si le RN devait s’emparer de l’Élysée. On comprend mieux pourquoi Jordan Bardella s’en offusque. Et cela nous pousse à nous en réjouir.



