COP30 : l’échec de Lula
À Belém, en lisière de la forêt amazonienne, le président brésilien aurait dû renverser la table et faire de la COP 30 un succès planétaire après les déceptions successives des COP précédentes. Il est malheureusement passé à côté de l’Histoire.
Quelques jours après la COP30, Lula est arrivé au G20 de Johannesburg en proclamant : « Le multilatéralisme a gagné à Belém ». Une déclaration aux allures de figure imposée de la part du président du pays hôte de la COP, la réalité étant tristement différente. Ne serait-ce qu’en raison de l’absence très remarquée des États-Unis, et des hauts dirigeants des pays les plus pollueurs de la planète, le multilatéralisme a justement démontré sa grande faiblesse actuelle.
Outre une résolution finale sans grande ambition, au moins deux points illustrent cette fragilité inquiétante.
Après la COP28 à Dubaï en 2023 et sa déclaration finale aussi timide qu’ambigüe sur la sortie des énergies fossiles, un an plus tard à Bakou (Azerbaïdjan), la COP29 avait donné le sentiment que le sujet n’était plus d’actualité. Belém a non seulement confirmé le silence de Bakou, mai aussi révélé de considérables divergences entre les pays quant à la marche à suivre. Aux partisans de la sortie des énergies fossiles, notamment les pays européens, s’opposent désormais frontalement la plupart des pays producteurs mais également un grand nombre de pays en développement qui ne comptent pas se priver d’une telle ressource.
La Chine, la Russie ou l’Inde font figure de leaders de ce mouvement mais aussi tous les pays africains, anciens ou nouveaux producteurs, bien décidés à profiter de cette aubaine tout en promouvant la possibilité d’un mix énergétique hybride recourant aussi aux énergies renouvelables. Le Brésil est lui-même porteur d’une telle contradiction, comme la plupart des pays ayant rejoint les BRICS. Une « feuille de route » pour la sortie des énergies fossiles à l’échelle multilatérale la plus large ne semble donc pas d’actualité.
Autre sujet clé pour les pays en développement : les crédits de compensation qu’ils pouvaient attendre de la part des pays industrialisés, à la fois du fait des dommages subis et du soutien apporté à leur propre adaptation climatique. Depuis que les pays en développement tentent de faire entendre leur voix dans les COP, notamment depuis la COP27 en Égypte en 2022, ils ont exigé non seulement que les accords de Paris sur de pareils dédommagements (100 milliards de dollars) soient respectés mais aussi un abondement de cette enveloppe prévisionnelle, tant celle-ci semblait sous-estimée.
Le débat avait été rude à Bakou en 2024, mais les pays industrialisés avaient fini par concéder une nouvelle enveloppe de 300 milliards de dollars. Le compte n’y était toujours pas, puisque les pays en développement chiffraient le besoin à 1300 milliards, dont 1000 milliards pour la seule Afrique. Mais ils pouvaient alors espérer qu’il ne s’agissait que d’un premier pas. Or, c’est le contraire qui s’est produit à Belém. Non seulement cette enveloppe n’a pas bougé, mais l’incertitude demeure totale sur les pays qui devront payer, comme sur les modalités de gestion des fonds correspondants, jugées très injustes aujourd’hui. Il semble que peu de pays industrialisés soient prêts à participer à cet abondement, tant leur propre adaptation climatique leur semble déjà difficile à atteindre en période de restriction générale des budgets. En outre, les États-Unis ont délibérément fui le débat.
Quant à la Chine et quelques autres gros pollueurs, ils refusent de payer au prétexte qu’ils ne figurent pas à ce titre dans le texte de l’ONU de 1992 arrêtant la liste des pays contributeurs, en se considérant ainsi comme encore en émergence. On devine donc que les 300 milliards escomptés depuis Bakou ne parviendront pas de sitôt aux pays en développement, ni a fortiori, l’abondement demandé.
Derrière l’échec de Belém, c’est désormais la formule des COP qui est en cause. Au grand dam de la planète, dans le nouveau partage du monde qui s’esquisse, le contenu universel et non contraignant de l’accord de Paris semble bien avoir fait son temps.



